La plateforme industrielle de Diamniadio a accueilli, le 16 juillet 2026, la pose de la première pierre d'un entrepôt frigorifique de 11,5 milliards FCFA. Porté par l'opérateur panafricain IFRIA, ce projet ambitionne de devenir la première plateforme intégrée de chaîne du froid d'Afrique de l'Ouest, avec 10 000 positions palettes alimentées par une centrale solaire. Au-delà de l'infrastructure, c'est toute la stratégie de souveraineté alimentaire sénégalaise qui se matérialise, dans un contexte régional où les pertes post-récolte restent un frein majeur à la transformation agricole.
Diamniadio : l’entrepôt frigorifique qui veut révolutionner la chaîne du froid
11,5 milliards FCFA, 10 000 palettes, solaire : la première plateforme intégrée ouest-africaine sort de terre.
Objectif 2030 : réduire de 40 % les pertes dans la filière fruits & légumes.
Les acteurs du projet
« Produire est essentiel, mais produire ne suffit pas. »
— Maimouna Dior Fall, directrice générale d'IFRIA Sénégal
Pourquoi c’est structurant
Jusqu’à 30 % des fruits et légumes perdus faute de chaîne du froid. L’entrepôt vise à réduire ce gaspillage de 40 % d’ici 2030.
Le Sénégal fait de la souveraineté alimentaire un axe prioritaire. L’infrastructure permet de stocker, transformer et mieux distribuer.
IFRIA, déjà leader au Maroc, implante son premier hub ouest-africain. Une première plateforme intégrée de chaîne du froid dans la région.
Selon la Banque mondiale, le Sénégal exporte pour 12,0 milliards USD de biens. Une chaîne du froid performante peut renforcer la compétitivité agroalimentaire.
Un investissement structurant pour la logistique agroalimentaire
L'entrepôt frigorifique de Diamniadio, dont la première pierre a été posée ce 16 juillet 2026, représente un investissement de 11,5 milliards FCFA. Il offrira à terme 10 000 positions palettes en froid positif et négatif, alimentées par une centrale solaire photovoltaïque. Le projet est porté par IFRIA Sénégal, filiale du groupe panafricain IFRIA, qui contrôle déjà 100 % du plus grand hub logistique du Maroc. Cette implantation à Diamniadio, à 30 km de Dakar, s'inscrit dans la dynamique de la nouvelle ville industrielle, conçue pour désengorger la capitale et structurer les chaînes de valeur.
Un maillon manquant de la souveraineté alimentaire
Comme l'a souligné Maimouna Dior Fall, directrice générale d'IFRIA Sénégal, « produire est essentiel, mais produire ne suffit pas ». Le Sénégal a fait de la souveraineté alimentaire un axe prioritaire, mais les pertes post-récolte restent élevées, notamment pour les fruits, légumes et produits halieutiques. En réduisant ces pertes et en permettant une meilleure organisation des flux, cette infrastructure répond à un besoin stratégique. Elle s'inscrit dans la continuité des efforts du gouvernement pour renforcer la transformation agricole, comme en témoigne le record de 47 322 moutons convoyés depuis le forail de Dahra lors de l'opération Tabaski 2026 — un exemple de logistique animale qui trouve un prolongement dans la logistique frigorifique.
Une réponse aux défis de la chaîne du froid en Afrique de l'Ouest
Le projet ambitionne de devenir la première plateforme intégrée de chaîne du froid d'Afrique de l'Ouest. Dans une région où les infrastructures de stockage à température contrôlée sont rares, cet entrepôt pourrait servir de hub régional, permettant de conserver et distribuer des produits pharmaceutiques, agricoles et halieutiques au-delà des frontières sénégalaises. IFRIA, en tant qu'opérateur panafricain, apporte son expertise développée au Maroc, mais aussi une vision intégrée : froid positif (produits frais) et négatif (produits congelés), le tout adossé à une énergie solaire, réduisant l'empreinte carbone et la dépendance aux réseaux électriques nationaux.
Un projet aligné sur les priorités de l'UEMOA
Au niveau régional, l'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) encourage le développement de chaînes logistiques modernes pour faciliter le commerce intra-zone. Le Sénégal, avec ce projet, se positionne comme un hub logistique régional. Par ailleurs, la composante solaire de l'entrepôt répond aux objectifs de transition énergétique de l'UEMOA, qui vise à porter la part des énergies renouvelables à 30 % d'ici 2030. Ce double alignement pourrait attirer d'autres investissements privés, dans un contexte où le financement des infrastructures reste un défi.
Quelle maturité pour le modèle intégré ?
Si le projet est prometteur, sa réussite dépendra de plusieurs facteurs : la capacité à attirer des utilisateurs (grande distribution, producteurs, laboratoires pharmaceutiques), la maintenance des équipements frigorifiques, et la stabilité de l'approvisionnement solaire. Le Sénégal a déjà connu des difficultés dans d'autres infrastructures. Cependant, le modèle d'IFRIA, qui intègre la conception, la construction et l'exploitation, pourrait offrir des garanties. Le recours à l'énergie solaire est un atout, mais nécessite un dimensionnement adapté aux besoins d'un entrepôt de cette taille.
Une tendance régionale vers l'intégration logistique
Au-delà de ce projet, l'Afrique de l'Ouest connaît une multiplication d'initiatives de chaînes du froid : au Ghana, un entrepôt frigorifique de 9 500 tonnes a été inauguré en 2025 ; en Côte d'Ivoire, le hub logistique de Yopougon monte en puissance. Ces infrastructures sont essentielles pour lutter contre les pertes post-récolte, estimées à 40 % pour les fruits et légumes en Afrique subsaharienne. L'entrepôt de Diamniadio, s'il tient ses promesses, pourrait catalyser une nouvelle génération d'investissements dans la logistique agroalimentaire en Afrique de l'Ouest.
Ce projet illustre la montée en puissance des infrastructures logistiques privées en Afrique de l'Ouest, portées par des opérateurs panafricains. Il pose la question de la capacité des États à créer un environnement favorable (douanes, normes sanitaires, corridors) pour que ces investissements profitent à l'ensemble de la chaîne de valeur agricole. La souveraineté alimentaire ne se décrète pas : elle se construit maillon par maillon, du champ au réfrigérateur.