Le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine a reçu le 30 juin 2026 une délégation de la Banque mondiale conduite par Chakib Jenane. Les discussions ont porté sur la relance du programme Kandadji, vaste projet de barrage et d’irrigation. Cette rencontre intervient dans un contexte de renforcement des partenariats avec les institutions financières internationales et de redéploiement des infrastructures en Afrique de l’Ouest.

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Un projet structurant pour la souveraineté nigérienne

Le programme Kandadji, porté par le gouvernement nigérien et la Banque mondiale, ambitionne de construire un barrage sur le fleuve Niger, accompagné d’un vaste réseau d’irrigation et d’une centrale hydroélectrique. Après des années de retards, sa relance est présentée comme une priorité pour la sécurité alimentaire, la gestion de l’eau et la transformation industrielle du pays. Les obstacles évoqués lors de l’audience – financiers, techniques ou administratifs – illustrent la complexité d’un projet dont la réalisation est attendue depuis plus d’une décennie.

Cette relance s’inscrit dans un contexte macroéconomique plus favorable. Comme l’indiquaient les données du premier semestre 2026, les réformes engagées dans plusieurs pays de l’UEMOA – resserrement monétaire, rationalisation des dépenses – commencent à porter leurs fruits, avec une amélioration des indicateurs de croissance. Le Niger, malgré des défis sécuritaires et politiques, bénéficie de ces tendances régionales, ce qui renforce la crédibilité de ses engagements auprès des bailleurs de fonds.

Dans le sillage de l’intégration ouest-africaine

Le projet Kandadji n’est pas isolé. Il s’insère dans une dynamique régionale d’infrastructures, illustrée par le programme WAPP (West African Power Pool) qui a permis la construction de plus de 4 000 kilomètres de lignes à haute tension reliant 15 pays. L’énergie produite par Kandadji pourrait à terme être intégrée à ce réseau, renforçant l’interconnexion électrique ouest-africaine. Par ailleurs, la Banque mondiale a récemment annoncé des initiatives pour renforcer le financement en monnaie locale au sein de l’UEMOA, visant à stimuler le secteur privé et l’emploi. Ces mécanismes pourraient faciliter le financement d’infrastructures comme Kandadji.

La présence d’une délégation tchadienne, reçue par le Premier ministre avant les échanges avec la Banque mondiale, souligne la dimension transfrontalière du projet. Le barrage de Kandadji, situé sur le fleuve Niger, a des implications pour la gestion des ressources en eau partagées entre le Niger, le Nigeria et d’autres pays riverains. Cette coordination régionale est d’autant plus pertinente que les dirigeants ouest-africains et centraux ont élaboré en mai 2026, à Lagos, une feuille de route pour une transformation structurelle accélérée.

Les obstacles restent néanmoins réels. Le directeur régional de la Banque mondiale a évoqué des discussions préalables avec les ministres des Transports et des Finances pour « mettre rapidement en œuvre » les solutions. Cela laisse entrevoir des points de blocage techniques ou financiers qui n’ont pas encore été totalement résolus. Le succès de Kandadji dépendra de la capacité du gouvernement à maintenir un dialogue soutenu avec les partenaires et à mobiliser les ressources nécessaires.

Au-delà de l’infrastructure, ce projet est perçu comme un test de la relation entre le Niger et les institutions financières internationales, après une période de tensions diplomatiques. Sa relance envoie un signal positif aux investisseurs et aux autres bailleurs, renforçant la position du pays dans l’architecture de coopération régionale.

Ce rendez-vous autour de Kandadji illustre une tendance plus large : la relance des grands projets structurants en Afrique de l’Ouest, portée par une coopération renouvelée entre États et institutions financières. Reste à savoir si les obstacles opérationnels pourront être levés assez rapidement pour transformer ces ambitions en réalités tangibles, dans un environnement régional marqué par des défis sécuritaires et climatiques.