Le Groupe de la Banque mondiale annonce que son portefeuille de projets de transport en Afrique subsaharienne a doublé en quatre ans, pour atteindre environ 18 milliards de dollars répartis sur 70 projets. Cette croissance s'accompagne d'une diversification notable : alors que le secteur était largement dominé par les routes, il intègre désormais davantage de projets ferroviaires, portuaires et de mobilité urbaine. Cette évolution s'inscrit dans un contexte régional marqué par des réformes macroéconomiques, des initiatives d'intégration comme le WAPP et une recherche de compétitivité logistique.
Le portefeuille transports de la Banque mondiale double en 4 ans
De 9 à 18 milliards $ — un virage stratégique vers le ferroviaire, les ports et la mobilité urbaine.
- Routes bitumées entre capitales
- Peu de projets ferroviaires ou portuaires
- Faible intégration multimodale
- Corridors régionaux & transport rural
- Ferroviaire, ports, mobilité urbaine
- Approche multimodale intégrée
🔑 3 priorités régionales
Un changement de paradigme dans les infrastructures de transport
Le doublement du portefeuille transports de la Banque mondiale en Afrique subsaharienne n’est pas un simple fait comptable. Il traduit un changement d’approche face aux besoins croissants de la région. Là où les investissements se concentraient historiquement sur le bitumage des routes reliant les capitales, la Banque élargit désormais son champ d’action au transport rural, à la mobilité urbaine, aux corridors régionaux et aux grands équipements multimodaux. Ce virage répond à une réalité : les économies ouest-africaines, qui croissent en moyenne à plus de 5 % par an, butent sur des infrastructures insuffisantes et mal connectées. Les coûts logistiques y sont parmi les plus élevés au monde, freinant le commerce intra-régional.
Au sein de l’unité IAWT4, qui couvre l’Afrique de l’Ouest francophone et lusophone ainsi que la Gambie, la Banque intervient dans treize pays allant de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, à revenu intermédiaire, aux États fragiles comme le Tchad, le Niger, le Burkina Faso et le Mali. Cette diversité impose des priorités différenciées : là où la Côte d’Ivoire a besoin de moderniser son port d’Abidjan et de développer des corridors ferroviaires, le Niger nécessite des pistes rurales pour désenclaver les zones agricoles.
Intégration régionale : le transport comme maillon manquant
Le doublement des engagements de la Banque mondiale intervient dans un contexte où l’intégration régionale est devenue un leitmotiv des institutions ouest-africaines. En mai 2026, les dirigeants de la CEDEAO et de la CEEAC réunis à Lagos ont élaboré une feuille de route pour harmoniser les politiques commerciales et infrastructurelles. Le même mois, la Banque mondiale a salué les progrès du West African Power Pool (WAPP), qui a connecté 15 pays via 4 000 km de lignes haute tension. Le secteur des transports est le pendant physique de cette intégration énergétique. Sans routes, rails et ports efficaces, les échanges commerciaux resteront entravés. La diversification du portefeuille vers les corridors de transit et la facilitation des échanges va dans ce sens.
Les réformes macroéconomiques engagées dans l’UEMOA – resserrement monétaire, rationalisation des dépenses – créent un environnement plus stable pour les investissements à long terme. La Banque mondiale, en doublant son portefeuille, mise sur cette stabilité retrouvée. Par ailleurs, la décision de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) de renforcer le financement en devise locale pour soutenir le secteur privé offre un complément de ressources aux projets d’infrastructure.
Des défis sécuritaires et de maintenance
Les pays du Sahel central (Mali, Burkina Faso, Niger) figurent parmi les bénéficiaires de l’aide IDA. Le développement des transports y est à la fois un outil de développement et un enjeu sécuritaire. Les routes bitumées facilitent l’accès des populations aux services de base mais aussi le déploiement des forces armées. La Banque mondiale insiste sur le transport rural pour améliorer la productivité agricole, un secteur clé dans des pays où l’insécurité alimentaire est chronique. Cependant, la maintenance des infrastructures reste un défi majeur dans ces zones fragiles, où les capacités techniques et financières sont limitées.
L’accent mis sur la mobilité urbaine reflète également une réalité démographique : l’Afrique de l’Ouest s’urbanise à un rythme accéléré. Abidjan, Dakar, Ouagadougou voient leur population croître de 4 à 5 % par an. Investir dans les transports collectifs, les voies de contournement et la gestion du trafic devient indispensable pour éviter l’asphyxie des centres économiques. La Banque mondiale finance ainsi des projets de Bus Rapid Transit (BRT) et de corridors de transport propres, en lien avec les objectifs climatiques.
Des perspectives prometteuses mais conditionnées
Le doublement du portefeuille est une bonne nouvelle pour la région, mais sa pérennité dépendra de plusieurs facteurs. La capacité des États à entretenir les ouvrages, à lutter contre la corruption et à coordonner les projets entre pays sera déterminante. Les partenariats public-privé, encore balbutiants en Afrique de l’Ouest, pourraient être renforcés pour attirer les capitaux privés. En outre, la cohérence avec les autres secteurs – énergie, numérique, agriculture – est essentielle pour maximiser l’impact des investissements.
La feuille de route de Lagos, qui prévoit une harmonisation des normes et des procédures douanières, est un pas dans la bonne direction. Si elle est suivie d’effets, elle pourrait réduire les coûts logistiques de 20 à 30 % dans les cinq ans, selon les estimations des experts. Le portefeuille de la Banque mondiale, par sa taille et sa diversité, offre ainsi un levier considérable pour accélérer l’intégration régionale. Mais il ne pourra à lui seul combler le retard accumulé.
Au-delà des chiffres, ce que révèle la montée en puissance du portefeuille transports de la Banque mondiale, c’est une prise de conscience collective que l’intégration physique est le préalable à toute intégration économique durable en Afrique de l’Ouest. Combinée aux efforts dans l’énergie et les réformes macroéconomiques, cette dynamique pourrait transformer le visage de la région dans la décennie à venir. À condition que les États s’approprient ces projets et que la maintenance soit assurée sur le long terme.