Le Niger a signé deux conventions de financement avec la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) pour un montant total de 60,6 milliards de francs CFA, soit environ 105 millions de dollars. Destinés à l’irrigation et à la production électrique, ces crédits interviennent dans un contexte de reprise des relations entre le Niger et ses partenaires régionaux après les tensions post-coup d’État de 2023. Ce double soutien à l’agriculture et à l’énergie traduit une volonté de consolider les bases de la souveraineté économique du pays, tout en relançant la dynamique d’intégration au sein de l’UEMOA.
Au Niger, la BOAD parie sur l’irrigation et l’électricité
Deux conventions de financement pour un total de 60,6 milliards FCFA (105 millions USD) visent à relancer l’économie nigérienne via l’agriculture irriguée et la production électrique.
Irrigation
Électricité (23 MW)
(Banque mondiale)
(FMI)
(FMI)
(Banque mondiale)
Les deux conventions, signées mardi à Niamey en présence du Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine et du président de la BOAD Serge Ekue, détaillent des enveloppes ciblées. La première, de 30 milliards de FCFA, est allouée à l’Office national des aménagements hydro-agricoles pour l’acquisition d’équipements d’irrigation dans le cadre d’un programme de grande irrigation. La seconde, de 30,6 milliards de FCFA, bénéficie à la Société nigérienne d’électricité (Nigelec) pour financer un projet de production électrique d’une capacité de 23 mégawatts. Selon le ministre des Finances Laouali Abdou Rafa, ces financements participent à la mise en œuvre du Programme de refondation de la République, en soutenant la production agricole grâce au développement de l’irrigation, en renforçant l’approvisionnement en électricité, en favorisant la transformation des produits agro-sylvo-pastoraux et en accompagnant le développement industriel.
Un double financement pour des secteurs stratégiques
Ce package de 60,6 milliards de FCFA intervient à un moment où le Niger cherche à réduire sa dépendance aux importations alimentaires et à pallier les déficits chroniques d’électricité. L’irrigation, qui ne concerne aujourd’hui qu’une faible part des surfaces cultivées, est un levier clé pour sécuriser les récoltes face aux aléas climatiques et améliorer la productivité agricole. Parallèlement, l’ajout de 23 MW au réseau électrique, bien que modeste, contribuera à atténuer les coupures récurrentes qui freinent l’activité économique et découragent les investissements privés. Ces deux secteurs sont considérés comme prioritaires par le gouvernement de transition, qui mise sur une relance par les infrastructures de base.
Le choix de la BOAD comme partenaire n’est pas anodin. Depuis plusieurs mois, la Banque ouest-africaine intensifie ses interventions dans la région. En juin 2026, elle a ainsi accordé un prêt de 30 milliards de FCFA à la Côte d’Ivoire pour la construction d’un tronçon autoroutier, et elle avait précédemment lancé un appel à manifestation d’intérêt pour des consultants en financement climatique. Ces opérations s’inscrivent dans une stratégie de renforcement de son rôle de banque de développement régionale, capable de mobiliser des ressources pour des projets structurants dans les États membres.
Le signal d’un réengagement régional
Au-delà des aspects techniques, ce financement revêt une dimension politique forte. Le Niger, qui a connu un coup d’État en juillet 2023 et a été suspendu des instances de la CEDEAO et de l’UEMOA, semble renouer progressivement avec ses partenaires institutionnels. La signature des conventions à Niamey, en présence du président de la BOAD, témoigne d’une normalisation des relations. Elle intervient alors que le pays cherche à mobiliser des ressources extérieures pour financer son programme de développement, tout en affirmant sa souveraineté.
Par ailleurs, ce double crédit s’inscrit dans une tendance plus large de la BOAD à répondre aux urgences en matière de sécurité alimentaire et énergétique, deux piliers de la stabilité régionale. La banque avait déjà été sollicitée lors des réunions annuelles de la Banque africaine de développement à Brazzaville pour débloquer environ 25 milliards de dollars de financements climatiques. Même si les montants accordés au Niger restent modestes à l’échelle des besoins, ils montrent que l’institution reste un canal privilégié pour acheminer des fonds vers des projets concrets, en contournant partiellement les blocages politiques.
L’articulation entre irrigation et électricité est également instructive. Elle reflète une approche intégrée du développement : l’énergie est nécessaire pour pomper et distribuer l’eau, tandis que l’agriculture irriguée peut valoriser les investissements électriques. Le gouvernement nigérien espère ainsi créer un cercle vertueux, où l’augmentation de la production agricole stimulera l’agro-industrie, elle-même consommatrice d’électricité. Reste à voir si la mise en œuvre de ces projets sera à la hauteur des ambitions, dans un contexte où la capacité d’absorption des financements reste un défi récurrent en Afrique de l’Ouest.
Ce financement de la BOAD au Niger illustre la persistance des mécanismes de coopération régionale même dans des contextes politiques tendus. Il souligne aussi la volonté de la banque de se positionner comme un acteur clé de la transition agricole et énergétique en Afrique de l’Ouest. À mesure que la région fait face à des défis croissants liés au changement climatique et à la pression démographique, des instruments comme ceux de la BOAD pourraient devenir des vecteurs essentiels pour concilier souveraineté nationale et intégration régionale. La question qui demeure est celle de la soutenabilité de ces dettes pour des économies encore fragiles.