Le 18 mai 2026, le Niger et la Chine ont signé une série de protocoles d'accord qui entérinent une profonde renégociation de leur coopération pétrolière. Après un an de tensions, Niamey obtient une participation de 45 % dans la société WAPCO qui exploite l'oléoduc, une réduction du coût de transport de 27 à 15 dollars par baril et l'harmonisation des salaires entre expatriés et Nigériens. L'accord, qui prévoit aussi la relance de deux grands projets pour porter la production à 145 000 barils par jour, illustre le nouveau rapport de force entre les États ouest-africains et les compagnies étrangères.

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Les négociations, qui ont débuté début 2024, ont abouti à des concessions majeures de la part de la China National Petroleum Corporation (CNPC) et de ses filiales. Le gouvernement du général Abdourahamane Tiani réclamait depuis plusieurs mois une « nigérisation des postes » et l'ouverture du capital de la West African Oil Pipeline Company, l'entité qui gère l'oléoduc de 1 950 kilomètres reliant les champs du sud-est au Bénin. L'accord de principe pour une participation de 45 % de l'État dans WAPCO constitue un ratio exceptionnel dans la région, où les participations publiques plafonnent généralement entre 20 et 25 %. Parallèlement, les entreprises chinoises se sont engagées à créer 450 emplois d'ici 2030 et à recourir prioritairement aux sous-traitants locaux.

L'impact financier est significatif. La réduction du coût de transport du brut, qui passe de 27 à 15 dollars par baril, devrait générer une économie annuelle de plus de 100 millions de dollars pour le Niger. Cette baisse de coût, combinée à la relance des projets Dinga Deep et Abolo-Yogou (investissement total d'un milliard de dollars), vise à porter la production de 110 000 à 145 000 barils par jour d'ici 2029. Ces objectifs s'inscrivent dans une volonté de maximiser les recettes pétrolières tout en consolidant le contrôle national sur la filière.

Cet accord pétrolier ne peut être dissocié de la stratégie plus large menée par Niamey dans le secteur minier. En 2025, le Niger a nationalisé la Somaïr, l'exploitant historique de l'uranium, et créé une nouvelle société nationale pour gérer cette ressource. Le parallélisme des approches – renégociation des contrats, exigence de participation majoritaire, priorité à la main-d'œuvre locale – témoigne d'une doctrine de souveraineté énergétique systématique. Les autorités nigériennes semblent vouloir capitaliser sur la dépendance chinoise à ses approvisionnements en pétrole et en uranium pour imposer des conditions plus favorables.

La dimension régionale de cet accord est également notable. Alors que la Côte d'Ivoire, le Ghana ou le Sénégal cherchent à renégocier leurs contrats pétroliers et miniers, le précédent nigérien pourrait faire école. La capacité de Niamey à faire plier la Chine, partenaire habituellement peu enclin à céder sur les clauses de ses contrats, envoie un signal fort aux autres pays producteurs. Reste à savoir si cette nouvelle donne s'étendra à d'autres secteurs comme les infrastructures, où la Chine reste un acteur dominant.

Au-delà du pétrole, cet accord pose la question de l'évolution des relations entre l'Afrique de l'Ouest et ses partenaires historiques. Le Niger, sous régime militaire, réussit là où d'autres États peinent : imposer une redistribution de la rente. Mais cette souveraineté acquise par la négociation pourra-t-elle tenir sur la durée, alors que la viabilité des projets dépend encore largement des technologies et des marchés chinois ? La trajectoire de Niamey dans les prochains mois offrira un cas d'école pour toute la région.