Le Niger a signé le 28 juillet 2026 deux conventions de financement avec la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) pour un montant global de 60,6 milliards FCFA (108 millions USD). Destinées à l'Office national des aménagements hydro-agricoles (ONAHA) et à la compagnie publique d'électricité NIGELEC, ces enveloppes visent à réduire la dépendance aux précipitations et à combler le déficit électrique chronique. Cet investissement intervient dans un contexte où le pays cherche à diversifier ses partenaires financiers après les tensions avec la France et à accélérer sa transformation structurelle.

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Irrigation : le pari de la souveraineté alimentaire

Les 30 milliards FCFA alloués à l'ONAHA doivent permettre d'acquérir des équipements pour le Programme Grande Irrigation, lancé par le gouvernement nigérien. L'objectif est d'augmenter les superficies irriguées et de stabiliser les rendements agricoles face à des précipitations de plus en plus irrégulières, liées au changement climatique. Dans un pays où l'agriculture emploie près de 80 % de la population active, cet investissement est crucial pour rompre avec la dépendance aux aléas climatiques et améliorer la sécurité alimentaire, tout en fournissant des matières premières aux unités de transformation locales.

Électricité : un impératif pour l'industrie

Les 30,6 milliards FCFA destinés à NIGELEC visent à renforcer la production électrique, un des principaux freins au développement industriel. Le Niger souffre d'un déficit chronique d'électricité, avec un taux d'électrification inférieur à 20 % en zones rurales. Ce financement devrait soutenir des projets d'extension du réseau et de développement de capacités de production, notamment à partir de sources solaires – un atout dans un pays fortement ensoleillé. L'accès à une électricité fiable est également un préalable à l'essor des industries agroalimentaires, qui peinent à décoller faute d'énergie stable.

Un contexte géopolitique en mutation

Cet accord avec la BOAD, institution de l'UEMOA, illustre la stratégie du Niger de multiplier ses partenariats financiers tout en restant dans le giron ouest-africain. Alors que les relations avec la France se sont dégradées après le coup d'État de 2023, le pays se tourne vers des bailleurs régionaux et d'autres partenaires comme la Chine ou la Turquie. La signature de ces conventions, moins d'un an après la nomination d'un nouveau gouvernement au Sénégal voisin (juin 2026), montre une continuité dans la recherche de financements souverains. La BOAD, présidée par Serge Ekué, confirme ainsi son rôle de prêteur de premier plan dans la région, avec des engagements qui dépassent désormais 1 500 milliards FCFA.

Un levier pour la transformation régionale

Au-delà des aspects nationaux, ce financement s'inscrit dans une dynamique régionale plus large. L'UEMOA et la CEDEAO promeuvent des politiques de sécurité alimentaire et d'accès à l'énergie, notamment à travers des initiatives comme le Programme régional de développement de l'irrigation ou le Projet d'interconnexion électrique ouest-africain (WAPP). Le Niger, en tant que pays sahélien enclavé, bénéficie de ces cadres pour attirer des fonds. Toutefois, la réussite de ces investissements dépendra de la capacité du gouvernement à les mettre en œuvre efficacement, dans un environnement sécuritaire toujours fragile.

Ce double financement de la BOAD intervient alors que le Niger s'efforce de reconstruire son économie après des années de sanctions et d'isolement. Il pose la question de la capacité du pays à transformer ces injections de capitaux en résultats tangibles sur le terrain, et à attirer d'autres investisseurs privés. À l'échelle de l'Afrique de l'Ouest, il confirme l'émergence des banques régionales comme acteurs clés du financement des infrastructures critiques, face à la défiance croissante envers les bailleurs traditionnels.