La Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD) a approuvé, lors de sa 151ème session ordinaire à Lomé, deux opérations majeures en faveur du Niger totalisant 60,609 milliards de FCFA. Ces financements ciblent l'irrigation agricole et la production électrique, secteurs clés de la souveraineté économique du pays. Cette décision intervient dans un contexte de renforcement des relations entre Niamey et les institutions régionales, après des mois de tensions diplomatiques consécutives au coup d'État de juillet 2023. Elle s'inscrit également dans une dynamique plus large de hausse des engagements de la BOAD dans la région, comme en témoigne l'opération de 200 millions d'euros signée avec Proparco en mai dernier.

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Un double investissement stratégique

Le Conseil d'administration a validé un prêt de 30 milliards de FCFA destiné à l'Office National des Aménagements Hydro-Agricoles (ONAHA). Ce projet doit accroître les superficies irriguées et la production agricole, s'alignant sur le Programme de Grande Irrigation (PGI) présidentiel qui ambitionne l'autosuffisance alimentaire. Parallèlement, 30,609 milliards de FCFA sont alloués au Projet de Renforcement des Capacités de Production d'Énergie Électrique (PRECAP2E), combinant centrales diesel et mini-centrales solaires photovoltaïques avec batteries, ciblant prioritairement les zones rurales.

Ces deux opérations ne sont pas isolées. Elles s'inscrivent dans un effort plus vaste de la BOAD, qui a approuvé 11 nouvelles opérations pour 344,577 milliards de FCFA lors de cette session, portant son encours cumulé à 10 834,1 milliards de FCFA depuis sa création en 1973. Le choix du Niger comme bénéficiaire de près de 18 % de cette enveloppe totale souligne un réengagement significatif de l'institution envers un pays souvent marginalisé dans les flux financiers régionaux depuis la crise politique.

Dans le sillage de la refondation

Ces financements interviennent alors que les autorités nigériennes, issues du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), multiplient les initiatives pour asseoir leur légitimité par des réalisations concrètes. L'irrigation et l'énergie sont présentées comme les piliers de la « Refondation », un programme qui vise à réduire la dépendance du Niger vis-à-vis des importations alimentaires et des déficits électriques chroniques. La BOAD, en tant que banque de développement de l'UEMOA, envoie un signal de normalisation des relations avec Niamey, après une période de gel partiel de la coopération bilatérale et multilatérale.

Cette évolution est notable car elle contraste avec les tensions passées. En mai 2026, la BOAD et Proparco avaient signé une opération de 200 millions d'euros (environ 131 milliards FCFA) pour le secteur privé de l'UEMOA, sans mention spécifique du Niger. Aujourd'hui, des financements directs souverains sont accordés, ce qui indique une levée progressive des réserves politiques et une reprise de la coopération technique. Les projets, notamment le PRECAP2E, montrent aussi une adaptation aux réalités locales : le solaire avec stockage répond à l'absence de réseau électrique dans de vastes zones, tandis que le diesel assure une base en attendant une transition énergétique plus poussée.

BOAD : un engagement régional renforcé

Au-delà du cas nigérien, la session de Lomé confirme la montée en puissance de la BOAD comme acteur central du financement du développement en Afrique de l'Ouest. L'augmentation de ses encours, passés de 10 489,5 milliards FCFA fin 2025 à 10 834,1 milliards après cette session, reflète une demande accrue de capitaux dans un contexte de resserrement des financements internationaux classiques. L'opération avec Proparco en mai illustre d'ailleurs la recherche de partenariats bilatéraux pour compléter ses ressources.

Plusieurs lectures sont possibles. D'un côté, ce renforcement des engagements de la BOAD peut être vu comme une réponse aux défaillances des marchés financiers régionaux, encore marqués par des primes de risque élevées pour les États de la région. De l'autre, il pose la question de la soutenabilité de la dette des pays bénéficiaires, notamment le Niger, dont le ratio d'endettement a augmenté sous l'effet des dépenses sécuritaires et des importations alimentaires. L'absence de précision sur les conditions des prêts (taux, maturité, dons éventuels) dans les annonces officielles laisse planer des interrogations sur leur caractère concessionnel.

Ces deux opérations de la BOAD au Niger illustrent une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : le retour en force des banques régionales de développement comme instruments de souveraineté économique et de stabilisation politique. Alors que les financements extérieurs traditionnels (FMI, Banque mondiale) restent conditionnés à des réformes politiques souvent impopulaires, des institutions comme la BOAD offrent aux États une marge de manœuvre accrue pour poursuivre leurs agendas nationaux. Reste à savoir si cette stratégie permettra au Niger de concilier ambition de refondation et viabilité budgétaire à long terme, dans un environnement régional marqué par l'insécurité et les chocs climatiques.