Le 14 mai 2026, deux actualités illustrent les mutations profondes du secteur minier en Afrique de l'Ouest : le groupe chinois Huayou Cobalt a officialisé son offre de rachat d'Atlantic Lithium pour 210 millions de dollars, renforçant son contrôle sur le projet ghanéen d'Ewoyaa ; simultanément, en Mauritanie, une vive polémique entoure le groupe Addax, accusé via une fausse vidéo d'avoir livré du carburant non conforme, tandis que Heath Goldfields annonçait un financement de 65 millions de dollars pour relancer la mine d'or de Bogoso-Prestea au Ghana. Ces épisodes révèlent trois dynamiques concurrentes : l'expansion chinoise dans les minéraux critiques, la persistance de l'or comme valeur refuge, et les fragilités de gouvernance qui menacent la stabilité des investissements.
Lithium, or et fer : la recomposition du paysage minier ouest-africain
Trois dynamiques concurrentes : expansion chinoise dans les minéraux critiques, or valeur refuge, fragilités de gouvernance.
Chronologie des mouvements miniers
Trois dynamiques concurrentes
Lithium : la poussée chinoise en Afrique de l'Ouest L'offre de Huayou Cobalt sur Atlantic Lithium, valorisée à 210 millions de dollars, s'inscrit dans la stratégie de Pékin de sécuriser les chaînes d'approvisionnement des batteries électriques. Après l'acquisition du projet Arcadia au Zimbabwe en 2022, Huayou élargit son empreinte au Ghana, tandis que Ganfeng Lithium contrôle désormais entièrement le gisement de Goulamina au Mali, dont les ressources ont été réévaluées à 267 millions de tonnes. Hainan Mining détient 51 % de la mine de Bougouni, qui a exporté son premier lot de minerai en décembre 2025. Cette offensive coïncide avec le retrait d'un groupe minier lié aux États-Unis, illustrant un basculement géopolitique : la Chine devient l'acteur dominant des minéraux critiques en Afrique de l'Ouest, renforçant sa mainmise sur les technologies vertes.
Or : entre reprise et contraintes Le secteur aurifère, pilier historique de l'économie régionale, connaît un renouveau contrasté. La relance de Bogoso-Prestea au Ghana via un financement de 65 millions de dollars adossé à des fonds internationaux témoigne d'un intérêt persistant pour l'or, malgré la volatilité des cours. Cependant, comme le soulignait une analyse récente de Cauris, la dollarisation des transactions aurifères fragilise la souveraineté monétaire de la région. Les États ouest-africains peinent à capter une part équitable de la valeur ajoutée, et les coûts de production augmentent sous l'effet des normes environnementales et sociales. Le paradoxe est que l'or, perçu comme une valeur refuge, devient un vecteur de dépendance financière.
Fer : le parent pauvre ? Les ressources en minerai de fer de l'Afrique de l'Ouest – en Mauritanie, en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone – restent largement sous-exploitées. Le projet Simandou en Guinée, longtemps retardé, commence à peine à avancer, tandis que la SNIM mauritanienne peine à moderniser ses infrastructures. Pourtant, la demande mondiale pour un acier décarboné pourrait offrir une opportunité, si les États parviennent à attirer des investissements dans la transformation locale. Actuellement, le fer apparaît comme le maillon faible du triptyque minier, faute de vision industrielle cohérente.
Gouvernance et controverses : le cas Addax en Mauritanie L'affaire Addax, où une fausse vidéo accusait le groupe d'avoir livré du carburant non conforme, met en lumière les risques de désinformation qui pèsent sur les opérateurs étrangers. Si les faits – un produit livré conforme au cahier des charges mais inadapté à des machines spécifiques – ont été clarifiés, l'impact médiatique a été immédiat. Addax a remplacé le carburant à un coût de 25 millions de dollars, un geste qui démontre sa réactivité mais aussi la vulnérabilité des entreprises face aux campagnes orchestrées. Ce cas s'ajoute à une série de litiges entre États et compagnies minières dans la région, rappelant que la confiance est un actif aussi précieux que le minerai.
Ces trois séquences – lithium, or, fer – dessinent un tableau contrasté de l'industrie minière ouest-africaine. La Chine s'impose comme le partenaire incontournable des filières d'avenir, mais sa domination pourrait exacerber les tensions géopolitiques. L'or, bien que toujours convoité, bute sur des problèmes structurels de gouvernance et de souveraineté. Le fer, enfin, reste en jachère, symbole d'un potentiel inexploité. Alors que la région cherche à transformer ses richesses en développement durable, les prochains mois diront si les États sauront imposer des règles du jeu plus équitables ou si les intérêts étrangers continueront de dicter les conditions de l'extraction.