La Mauritanie, qui n’a pas connu d’attentat terroriste depuis près de quinze ans, fait face à une pression croissante sur sa frontière sud-est. L’expansion du groupe djihadiste JNIM et l’effondrement sécuritaire au Mali voisin, marqué par l’assassinat du ministre de la Défense malien en avril 2026, fragilisent un équilibre patiemment construit. Ces tensions pourraient éroder les fondations d’un modèle économique fondé sur la stabilité, attirant investisseurs et organisations internationales.

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La Mauritanie s’est longtemps distinguée comme un îlot de stabilité dans un Sahel en proie aux violences djihadistes. Depuis 2011, le pays n’a enregistré aucun attentat majeur sur son sol, un bilan salué par les partenaires internationaux. Cette sécurité relative a permis d’attirer des investissements dans les secteurs minier (fer, or, cuivre) et gazier (projet Grand Tortue Ahmeyim), et de développer des infrastructures. Les autorités ont combiné actions militaires et programmes de « déconstruction du discours extrémiste », notamment auprès d’imams et de prisonniers, pour maintenir la paix sociale.

Mais depuis le début de 2026, les signaux d’alerte s’accumulent. Le groupe JNIM, affilié à al-Qaïda, a étendu sa présence dans les localités de la bande frontalière mauritanienne. Parallèlement, la guerre civile malienne s’intensifie : les attaques coordonnées du 25 avril contre plusieurs villes, dont Bamako, ont abouti à l’assassinat du ministre de la Défense malien et au retrait des forces maliennes et russes (Africa Corps) des bases du nord. Une seconde offensive rebelle le 4 juillet démontre une capacité opérationnelle croissante. Les États-Unis envisagent désormais des frappes aériennes contre JNIM, selon le Washington Post.

Des retombées économiques déjà palpables

Cette dégradation sécuritaire a des conséquences directes sur l’économie mauritanienne. Les flux de réfugiés en provenance du Mali augmentent, mettant sous pression les services publics locaux et les marchés de l’emploi informel dans les zones frontalières comme Néma ou Bassikounou. Le commerce transfrontalier, vital pour les échanges de bétail et de produits agricoles, subit des perturbations : les marchés hebdomadaires perdent en fréquentation et les prix des denrées alimentaires grimpent. Plusieurs compagnies d’assurance ont révisé leurs primes pour les transporteurs empruntant les axes proches de la frontière.

Le climat des affaires, principal atout compétitif de la Mauritanie, s’en trouve affecté. Les investisseurs étrangers, notamment dans le secteur minier, réévaluent les primes de risque. Le projet gazier Tortue, qui devait faire de Nouakchott un fournisseur régional de GNL, voit son calendrier complexifié par l’incertitude sécuritaire dans la zone maritime adjacente, même si celui-ci reste en eaux profondes. La visite de délégations économiques annoncée pour le second semestre 2026 pourrait être reportée.

Une relation bilatérale sous tension

Au-delà de l’impact sécuritaire, les relations entre Nouakchott et Bamako se détériorent. Le Mali accusait déjà la Mauritanie de fermeture de sa frontière et de contrôle strict des flux humains. Aujourd’hui, les opérations militaires maliennes menées près de la frontière sans coordination préalable suscitent des tensions diplomatiques. La Mauritanie craint une contagion idéologique et le développement de filières de contrebande d’armes et de carburant. Cette méfiance réciproque entrave la mise en œuvre d’une stratégie régionale de lutte contre le terrorisme, affaiblissant l’architecture de sécurité collective de l’Union africaine.

Dans ce contexte, le modèle de développement mauritanien, fondé sur l’extraction minière et les grands projets d’infrastructure, est fragilisé. La croissance économique, estimée à 4,5 % en 2025 par le FMI, pourrait ralentir si l’insécurité persiste. Le gouvernement tente de rassurer en renforçant les effectifs militaires aux frontières et en multipliant les patrouilles. Mais les moyens restent limités face à l’ampleur de la menace.

Une fragilité qui rappelle le passé

Il y a quinze ans, la Mauritanie était elle-même en proie à des attaques djihadistes. Le tournant a été la stratégie combinée de fermeté militaire et de dialogue théologique. Aujourd’hui, les mêmes recettes pourraient être insuffisantes si le conflit malien s’enracine. La question centrale est de savoir si Nouakchott parviendra à préserver son exception sécuritaire sans s’engager militairement au-delà de ses frontières, tout en maintenant les conditions d’un développement économique inclusif.

Alors que la région ouest-africaine traverse une phase d’instabilité inédite, le cas mauritanien illustre la fragilité des équilibres construits sur la sécurité. Si les tensions aux frontières persistent, les investisseurs pourraient délaisser ce qui était perçu comme un havre de paix, au profit d’autres destinations africaines. Le pari mauritanien, reposant sur une stabilité à toute épreuve, est désormais mis à l’épreuve par des forces qui dépassent le simple cadre national.