Le Conseil d'administration du FMI a approuvé fin juin 2026 un nouveau programme de 95,8 millions de dollars sur 42 mois au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et du Mécanisme élargi de financement (MEDC). Ce programme, le second consécutif pour la Mauritanie, vise à préserver la stabilité macroéconomique, accélérer le développement du capital humain et renforcer la gouvernance, en particulier celle des entreprises publiques. Il intervient alors que plusieurs pays de la région ouest-africaine (Sénégal, Ghana) sont également engagés dans des discussions avec l'institution, illustrant une tendance régionale de recours aux financements multilatéraux face à des fragilités persistantes.

Infographie — Économie · Mauritanie

Le nouveau programme du FMI en faveur de la Mauritanie repose sur trois piliers clairement identifiés. Le premier est la consolidation de la stabilité macroéconomique. Alors que le pays a connu une croissance non extractive robuste et maintenu ses équilibres budgétaires dans le cadre du précédent programme, le FMI entend renforcer les institutions et les politiques économiques pour faire face aux chocs exogènes, notamment les tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui pèsent sur les cours des matières premières et les chaînes d'approvisionnement. Le deuxième pilier met l'accent sur le développement du capital humain et la réduction de la pauvreté, une priorité dans un pays où les indicateurs sociaux restent fragiles malgré les progrès macroéconomiques. Enfin, le troisième pilier cible la gouvernance, avec un focus sur les entreprises publiques, souvent source de déficits budgétaires et de mauvaise allocation des ressources.

Ce programme de 42 mois, d'un montant total de 95,8 millions de dollars, vise également à préserver les réserves extérieures de la Mauritanie et à mobiliser des financements additionnels auprès des partenaires au développement. Selon Younes Zouhair, représentant résident du FMI en Mauritanie, « il s’agit d’un programme pour appuyer les actions de réformes du gouvernement mauritanien sur le plan économique et financier ». L'institution a salué la réussite du programme précédent, qui s'est traduit par une croissance non extractive robuste et le maintien de réserves de change à un bon niveau. Ce satisfecit confère une crédibilité accrue aux autorités mauritaniennes, susceptibles de rassurer les investisseurs et les bailleurs.

L'approbation de ce programme s'inscrit dans un contexte régional marqué par des défis macroéconomiques similaires. Au Sénégal, les discussions techniques avec le FMI ont repris en mai 2026, alors que le service de la dette s'alourdit sur les mois de juin et juillet. Le pays a également connu un changement de Premier ministre à la veille des négociations, signe de l'importance politique des ajustements économiques. Au Ghana, le FMI a récemment mis fin au plan de sauvetage, ouvrant une nouvelle étape dans le redressement du pays. Ces exemples montrent que les programmes du FMI restent un instrument central pour les pays ouest-africains confrontés à des déséquilibres budgétaires, à l'inflation et à la nécessité de réformes structurelles.

Une continuité dans la stratégie de réforme

La Mauritanie bénéficie d'un programme successif, ce qui témoigne de la confiance du FMI dans la trajectoire de réformes engagée. Le précédent programme, achevé avec succès, a permis de stabiliser les grands équilibres tout en soutenant une croissance non extractive. Cette transition sans rupture distingue la Mauritanie de certains voisins qui ont connu des interruptions ou des renégociations difficiles. Le nouveau programme met l'accent sur la gouvernance des entreprises publiques, un chantier souvent sensible mais essentiel pour assainir les finances publiques et améliorer l'efficacité des services.

Implications pour la région

Ce programme arrive à un moment où les besoins de financement en Afrique de l'Ouest restent élevés, entre pression démographique, vulnérabilités climatiques et volatilité des cours des matières premières. La Mauritanie, pays exportateur de minerai de fer, de poisson et de pétrole, a su tirer parti de la hausse de certains cours, mais reste exposée aux chocs extérieurs. Le programme devrait contribuer à maintenir un cadre macroéconomique stable, condition nécessaire pour attirer les investissements privés et publics. À l'échelle régionale, la coordination des politiques budgétaires et monétaires au sein de l'UEMOA est un enjeu constant ; la Mauritanie, non membre de la zone franc, mène une politique monétaire indépendante, mais ses réformes peuvent inspirer d'autres pays.

L'approbation de ce programme par le FMI confirme que la Mauritanie reste un élève modèle en matière de réformes économiques en Afrique de l'Ouest. Cependant, la réussite à long terme dépendra de la capacité du gouvernement à maintenir le cap des réformes dans un contexte politique et social parfois tendu. Alors que les institutions financières internationales multiplient les interventions dans la région, la question se pose: les pays ouest-africains parviendront-ils à sortir durablement de cette dépendance aux financements extérieurs, ou s'agit-il d'un cycle sans fin?