Le 27 juillet 2026, le Conseil d'administration du FMI a validé la sixième et dernière revue du programme de Facilité élargie de crédit (FEC) accordé au Ghana en mai 2023, mettant fin à un cycle de financement d'urgence de trois ans. Avec un dernier décaissement de 371 millions USD, Accra tourne la page d'une crise macroéconomique sans précédent, marquée par une inflation galopante, une dette insoutenable et une dépréciation du cedi. Cette sortie, présentée par les autorités comme un succès, intervient dans un contexte où plusieurs pays de la zone UEMOA sont eux-mêmes engagés dans des programmes d'ajustement avec l'institution multilatérale.

Infographie — Économie · Ghana

Un redressement plus rapide que prévu

Le programme FEC, approuvé en mai 2023 pour un montant initial de 3 milliards USD, visait à restaurer la soutenabilité de la dette et reconstituer les réserves de change. Au fil des revues, le FMI a salué une combinaison atypique : une croissance plus forte qu'attendu — le PIB ghanéen a rebondi à 4,5 % en 2025 — couplée à un net renforcement de la position extérieure, grâce notamment à la reprise des exportations d'or et de cacao. L'ajustement budgétaire accéléré, avec une réduction du déficit primaire de 7 % du PIB en 2022 à 1,5 % en 2025, a été rendu possible par une restructuration complète de la dette intérieure et extérieure, incluant un échange de titres obligataires et un rééchelonnement des prêts bilatéraux.

Des fragilités sous-jacentes

Pourtant, ce bilan flatteur cache des zones d'ombre. La quatrième revue du programme, en juillet 2025, avait déjà pointé des relâchements budgétaires préélectoraux en 2024, source de tensions avec les créanciers internationaux. Si le gouvernement a depuis corrigé le tir, la soutenabilité à long terme de la dette — ramenée de 92 % du PIB en 2022 à environ 65 % en 2026 — reste tributaire d'une croissance soutenue et d'une discipline budgétaire continue. Par ailleurs, le secteur bancaire, fragilisé par les pertes sur titres souverains, n'est pas encore totalement assaini. La Banque centrale ghanéenne a dû recapitaliser plusieurs établissements, tandis que le taux de créances douteuses demeure élevé à 16 %.

Un cas d'école pour la CEDEAO

La sortie du programme FMI intervient alors que le Sénégal, la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso sont eux-mêmes sous surveillance étroite du Fonds. Le Sénégal, après l'audit de la dette initié par le président Bassirou Diomaye Faye, cherche à renégocier ses conditions de financement avec le FMI. La Côte d'Ivoire, qui a bouclé un programme de FEC en 2024, bénéficie désormais d'une ligne de précaution. Le Ghana, en ayant mené à son terme un programme d'ajustement radical, offre un précédent : la restructuration de la dette et le resserrement monétaire peuvent fonctionner, mais au prix d'une récession initiale et d'une forte contraction des importations. Les pays de l'UEMOA, qui partagent une monnaie unique indexée sur l'euro, observent avec attention ce modèle, qui diffère de leur approche plus progressive.

Une transition vers la surveillance

Avec la fin des décaissements, le FMI passe d'un rôle de prêteur d'urgence à celui de conseiller technique. Un programme de surveillance post-programme (PSP) sera mis en place, avec des revues semestrielles. Cette phase est cruciale : plusieurs pays africains ayant bouclé des programmes FMI ont rechuté, comme le Ghana lui-même après le programme de 2015-2019. Pour éviter cet écueil, Accra mise sur une diversification accrue de son économie — hydro-carbures, mines, technologies — et sur un cadre budgétaire renforcé avec une loi de responsabilité fiscale. La réussite de cette transition dépendra aussi de la capacité du gouvernement à maintenir le cap en période post-électorale, alors que les pressions sociales restent fortes.

La clôture du programme FMI au Ghana est un signal fort pour les marchés financiers et les partenaires bilatéraux : la restructuration de la dette peut être menée à son terme sans effondrement économique. Mais elle pose aussi la question de la viabilité de ce modèle à long terme, alors que les déséquilibres structurels — faible base industrielle, dépendance aux matières premières — demeurent. L'expérience ghanéenne servira de référence aux autres pays ouest-africains confrontés à des dilemmes similaires, dans une région où les programmes d'ajustement restent controversés.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.0% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.0% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.0% (FMI)