Le gouvernement malien a officialisé le 29 juillet 2026 la création de la Société des Textiles du Mali, visant à transformer 40 000 tonnes de fibre de coton par an. Cette décision intervient alors que le pays, premier producteur ouest-africain de coton, exporte encore 98 % de sa récolte sous forme brute. Mais la baisse récente de la production et les tensions géopolitiques avec ses voisins de la CEDEAO compliquent ce virage industriel.

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Une rupture historique dans la filière coton

Le Mali est depuis des décennies le géant cotonnier de l'Afrique de l'Ouest, mais sa chaîne de valeur reste déséquilibrée. Avec la création de la SOTEX-Mali, les autorités tentent de briser le cycle de l'exportation de matière première. L'entreprise publique aura pour mission de piloter une usine intégrée – filature, tissage, confection – et de former une main-d'œuvre qualifiée. C'est un changement de paradigme dans un secteur où la CMDT, compagnie historique, n'a jamais réussi à réaliser une transformation locale significative.

Un contexte de production chahuté

Le calendrier de ce pari industriel est pourtant fragile. Après un record de 690 000 tonnes de coton-graine en 2023-2024, la production est tombée à 433 700 tonnes en 2025-2026, sous l'effet des aléas climatiques, des difficultés d'approvisionnement en intrants et de l'insécurité dans les zones rurales. Les autorités espèrent un rebond à 598 500 tonnes en 2026-2027, mais la tendance reste incertaine. L'usine de 40 000 tonnes de fibre absorberait environ 120 000 tonnes de coton-graine – soit près d'un quart de la récolte actuelle –, ce qui suppose une stabilisation de l'offre.

Une ambition intégrée de bout en bout

SOTEX-Mali est conçue pour intervenir sur toute la chaîne de valeur textile : filature, tissage, tricotage, teinture, ennoblissement, confection, conditionnement et commercialisation. Elle devra également promouvoir la formation, la recherche et l'innovation. L'objectif est de réduire la dépendance aux exportations de fibre brute en créant une capacité de transformation locale significative. Selon la Banque africaine de développement, l'agriculture contribue à 21 % du PIB de l'UEMOA et emploie 53 % de la population active, mais l'industrialisation agroalimentaire et textile reste embryonnaire.

Un mouvement régional d'industrialisation

Cette initiative s'inscrit dans une dynamique plus large en Afrique de l'Ouest. Plusieurs pays, comme le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire ou le Bénin, ont lancé des projets de transformation cotonnière. Le Bénin, par exemple, a vu son Indice d'industrialisation progresser (0,5519 sur 1 en 2025), notamment grâce à des zones industrielles dédiées. Le Niger et le Burkina Faso explorent également des modèles similaires. Cependant, la création de SOTEX-Mali intervient dans un contexte de tensions diplomatiques entre le Mali et ses voisins de la CEDEAO, ce qui pourrait compliquer l'intégration régionale des chaînes de valeur.

Des défis structurels et conjoncturels

Au-delà de la volatilité de la production, le projet devra surmonter des obstacles majeurs : l'insécurité persistante dans les zones cotonnières, le manque d'infrastructures énergétiques et de transport, ainsi que la concurrence des pays asiatiques déjà installés dans le textile. La réussite de SOTEX-Mali dépendra aussi de la capacité à attirer des investisseurs privés et à stabiliser l'environnement macroéconomique. Le pari est ambitieux, mais le secteur cotonnier malien a déjà prouvé sa résilience par le passé.

SOTEX-Mali cristallise les ambitions maliennes d'industrialisation, mais sa réussite dépendra de la stabilisation de la production cotonnière et de l'environnement géopolitique régional. Ce projet testera la capacité du pays à transformer son avantage comparatif en avantage compétitif durable, dans un espace ouest-africain en pleine recomposition.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 4.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 4.9% (FMI)