Le 20 juin 2026, les ministres de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) se retrouvent à Bamako pour une session extraordinaire. Au centre des débats : le projet de navigation sur le fleuve Sénégal, qui pourrait transformer la connectivité du Mali, pays enclavé, et dynamiser les échanges régionaux. Cette réunion intervient dans un contexte de rareté croissante de l’eau et de recomposition géopolitique au Sahel, où l’Alliance des États du Sahel (AES) redessine les alliances. Elle fait suite à des initiatives récentes, comme le lancement d’un programme de formation d’ingénieurs au pied du barrage de Souapiti en Guinée, soulignant l’importance stratégique accordée aux ressources hydriques.

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Un projet structurant pour le Mali enclavé

Le projet de navigation prévoit l’aménagement d’un axe navigable de 905 kilomètres entre Saint-Louis (Sénégal) et Ambidédi (Mali). Il pourrait à terme assurer le transport de près de 10 millions de tonnes de marchandises par an. Pour le Mali, pays enclavé dont les coûts logistiques pèsent lourdement sur l’économie, cette voie d’eau représente une alternative aux corridors routiers et ferroviaires, souvent chers et soumis à des aléas sécuritaires. Le volet navigation est piloté par la Société de gestion et d’exploitation de la navigation, créée au sein de l’OMVS. Ce projet s’inscrit dans une vision multimodale associant routes, rails et ports, susceptible de réduire les coûts et de sécuriser l’approvisionnement du pays. Les zones riveraines, souvent marginalisées, pourraient bénéficier d’une relance économique.

Eau et géopolitique : un test pour l’AES

L’OMVS fonctionne comme un baromètre des relations entre États sahéliens. Alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger renforcent leur coordination au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), la gestion transfrontalière de l’eau devient un enjeu crucial. Les experts alertent sur une possible baisse de 20 % des ressources en eau d’ici 2030. Dans ce contexte, la coopération au sein de l’OMVS est un test : les pays membres parviendront-ils à maintenir une gestion concertée face à la rareté ? La réponse déterminera en partie la stabilité régionale. La navigation fluviale, en reliant des territoires souvent déconnectés, pourrait aussi renforcer l’intégration régionale, à condition que les intérêts de chacun soient respectés.

Des défis techniques et financiers

La réunion de Bamako intervient alors que plusieurs sociétés du système OMVS connaissent des difficultés techniques, financières et organisationnelles. L’entretien des ouvrages de production et de transport d’électricité est également à l’ordre du jour. Pour le Mali, qui projette une croissance de 6,5 % pour 2027-2029, la maîtrise des ressources hydriques est un prérequis. Mais les investissements nécessaires sont colossaux, et la mobilisation des financements reste un défi. La gouvernance des sociétés de l’OMVS devra être améliorée pour attirer les partenaires techniques et financiers.

La sécheresse et le changement climatique ajoutent une pression supplémentaire. La baisse annoncée des débits du fleuve pourrait compromettre à la fois l’irrigation, la production hydroélectrique et la navigabilité. Les ministres devront donc arbitrer entre usages concurrents de l’eau, tandis que les populations locales attendent des solutions concrètes.

Le sort du projet de navigation sur le fleuve Sénégal dépendra de la capacité des États membres à surmonter leurs divergences et à investir dans une vision commune. Dans un Sahel en pleine mutation, l’eau s’affirme comme un levier stratégique autant que comme un facteur de fragilité. L’OMVS, créée il y a plusieurs décennies, se retrouve à un carrefour : ou elle devient un modèle de coopération renouvelée, ou elle cède à la logique du chacun pour soi. Les décisions prises à Bamako donneront le ton pour les années à venir.