Le 26 mai 2026, le ministère guinéen de la Pêche et de l’Économie Maritime a signé des contrats de performance avec ses directions techniques, formalisant une ambition : faire du secteur halieutique un moteur de création de richesse. Cette décision, préparée lors d’une retraite stratégique à Kindia, s’inscrit dans le Plan stratégique 2023-2027 et le programme Simandou 2040. Elle marque une rupture avec la pisciculture familiale au profit d’une aquaculture commerciale à grande échelle, inspirée du modèle rwandais.
Pêche commerciale : le nouveau cap de la Guinée
Contrats de performance signés le 26 mai 2026 — rupture avec la pisciculture familiale, cap sur l’aquaculture commerciale.
Cadre initial pour structurer le secteur halieutique. Pêche encore artisanale, faible productivité.
Le ministre Fassou Théa s’inspire du modèle rwandais (Fine, opérateur majeur). Contrats de performance signés le 26 mai. Objectif : pisciculture commerciale à grande échelle.
Le Rwanda (sans littoral) vise l’autosuffisance en poisson. La Guinée veut reproduire ce succès.
Feuille de route long terme : faire de la pêche un pilier de l’économie bleue guinéenne.
Contexte économique Guinée
25,0 Mrd USD
Banque mondiale6,7 %
FMI10,4 Mrd USD
Banque mondiale14,8 M
Banque mondiale“Abandonner le concept dépassé de pisciculture familiale et promouvoir une pisciculture commerciale.”
🔍 En bref : La Guinée engage un virage stratégique vers une aquaculture commerciale, portée par des contrats de performance et inspirée du succès rwandais. Objectif : faire du secteur halieutique un moteur de l’économie bleue d’ici 2040.
La signature des contrats de performance par le ministre Fassou Théa constitue un jalon dans la mise en œuvre de la vision gouvernementale pour l’économie bleue. Chaque direction technique doit désormais répondre de résultats précis, alignés sur les engagements pris devant le gouvernement. Cette nouvelle gouvernance par objectifs vise à accélérer la transformation du secteur, longtemps resté artisanal et peu productif.
L’un des temps forts de la cérémonie a été le retour d’expérience du ministre après une mission à Kigali. Face aux cadres de son département, il a plaidé pour un changement de paradigme : « abandonner le concept dépassé de pisciculture familiale » et promouvoir une pisciculture commerciale. Il a cité l’exemple du Rwanda, pays sans littoral qui ambitionne l’autosuffisance en poisson d’ici 2028 grâce à un opérateur majeur, Fine. Cette référence illustre le pragmatisme de Conakry : s’inspirer des succès africains pour rattraper son retard.
Cette orientation s’inscrit dans un contexte plus large. La Guinée mise sur le programme Simandou 2040 pour structurer son développement économique. L’économie bleue, incluant la pêche et l’aquaculture, est appelée à diversifier les sources de croissance et à créer des emplois, notamment dans les zones côtières. Les partenaires techniques, comme l’AFD, ont déjà formé les populations ; il s’agit désormais de passer à l’échelle commerciale.
Un modèle économique en rupture
Le choix de la pisciculture commerciale reflète une volonté de rompre avec des approches assistées. L’accent est mis sur la création de richesse et l’émergence d’acteurs privés structurés. Le ministre a insisté sur la nécessité de résultats mesurables, ce qui implique un suivi rigoureux des feuilles de route. Cette démarche s’aligne sur les réformes de gestion publique impulsées par le gouvernement.
Par ailleurs, la Guinée bénéficie d’atouts naturels : un long littoral atlantique, des ressources halieutiques importantes et un marché régional demandeur. L’UEMOA et la CEDEAO offrent un espace d’échanges où le poisson guinéen pourrait trouver des débouchés, à condition de respecter les normes sanitaires et de qualité. Le défi logistique reste toutefois de taille, notamment en matière de chaîne du froid et d’accès aux intrants.
Des défis à surmonter
Le passage à l’échelle commerciale suppose des investissements conséquents. Si l’AFD et d’autres partenaires sont mobilisés, le secteur privé guinéen devra s’engager. La sécurisation foncière des sites aquacoles, l’accès au crédit et la formation technique sont autant de goulots d’étranglement à lever. Par ailleurs, la concurrence régionale existe : le Sénégal et la Mauritanie ont des filières mieux établies.
La référence au Rwanda, pays enclavé, souligne que la volonté politique peut suppléer les contraintes géographiques. Mais la Guinée devra aussi composer avec des problèmes de gouvernance et de stabilité dans certaines régions. Le contexte sécuritaire des pays voisins (Mali, Burkina Faso) peut affecter les investissements régionaux, même si la Guinée reste relativement épargnée pour l’instant.
En misant sur l’aquaculture commerciale et une gestion axée sur les résultats, la Guinée tente de transformer un secteur longtemps négligé en levier de développement. L’inspiration rwandaise montre que l’ambition peut surmonter les handicaps, mais le chemin vers l’autosuffisance et l’exportation reste semé d’embûches. Cette réforme s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l’Ouest : la recherche de modèles productifs durables pour la sécurité alimentaire et la création d’emplois, dans un environnement marqué par l’insécurité et les défis climatiques.