Le ministre ivoirien des Ressources animales et halieutiques, Sidi Tiémoko Touré, s’est rendu à Port-Louis le 10 juin 2026 pour renforcer la coopération avec Maurice dans les domaines de la pêche, de l’aquaculture et de l’économie bleue. Cette mission, qui devrait aboutir à un protocole d’accord, illustre la volonté de la Côte d’Ivoire de diversifier son économie au-delà des secteurs traditionnels et de s’inscrire dans une dynamique de coopération Sud-Sud. Alors que des pays comme le Ghana sortent de programmes du FMI et que la région cherche de nouveaux moteurs de croissance, l’économie bleue apparaît comme un levier stratégique pour les États côtiers d’Afrique de l’Ouest.
Le pari de l’économie bleue
Sidi Tiémoko Touré à Port-Louis : un MoU pour la pêche, l’aquaculture et l’innovation maritime.
La Côte d’Ivoire réduit sa dépendance au cacao, pétrole et minerais. L’économie bleue devient un levier stratégique pour les États côtiers d’Afrique de l’Ouest, dans une dynamique de coopération Sud-Sud.
L’économie bleue apparaît comme un levier stratégique pour les États côtiers d’Afrique de l’Ouest.
La rencontre entre Sidi Tiémoko Touré et Arvin Boolell, ministre mauricien de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche, s’inscrit dans un cadre bilatéral mais dépasse la simple signature d’accords. Les deux parties ont évoqué la conclusion prochaine d’un protocole d’accord (MoU) destiné à stimuler les investissements dans les secteurs stratégiques de l’économie bleue, à favoriser les échanges entre les milieux économiques et académiques, et à encourager le développement de projets conjoints en matière d’innovation et de recherche.
Cette initiative s’inscrit dans la stratégie de diversification économique de la Côte d’Ivoire, qui cherche à réduire sa dépendance aux matières premières comme le cacao, le pétrole ou le minerai. Le pays, qui importe encore une grande partie de ses produits halieutiques, ambitionne de développer sa production aquacole et de mieux valoriser ses ressources maritimes. L’économie bleue, qui englobe la pêche, l’aquaculture, le tourisme côtier, les énergies marines et la biotechnologie, est perçue comme un secteur porteur de croissance durable et d’emplois.
Le choix de Maurice comme partenaire n’est pas anodin. Petite île de l’océan Indien, Maurice a bâti une expertise reconnue dans l’économie bleue, notamment en matière de gestion durable des pêches et d’aquaculture. Ce partenariat s’inscrit dans une logique de coopération Sud-Sud, où des pays africains échangent des savoir-faire sans passer par les circuits traditionnels Nord-Sud. Il fait écho à d’autres initiatives régionales, comme le Africa CEO Forum 2026 à Kigali, où la Côte d’Ivoire a invité les opérateurs économiques à investir dans le pays, ou encore le salon des téléphones et applications mobiles à Abidjan, qui montre une volonté de structurer une filière numérique.
Au niveau régional, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont toutes deux adopté des stratégies pour l’économie bleue. Le Sénégal, par exemple, mise sur le tourisme côtier et l’aquaculture, tandis que le Ghana, qui vient de sortir de son programme avec le FMI, cherche à dynamiser son secteur maritime. La Côte d’Ivoire, avec son littoral de plus de 500 km et une ZEE de 30 000 km², dispose d’un potentiel considérable. Ce partenariat avec Maurice pourrait lui permettre d’accélérer la mise en œuvre de sa politique nationale de l’économie bleue.
Cependant, les défis sont nombreux. Le secteur halieutique ivoirien souffre d’une surexploitation des ressources, de la pêche illicite, d’infrastructures insuffisantes et d’un manque de formation. Le protocole d’accord devra donc se traduire par des actions concrètes : transfert de technologies, formation des pêcheurs, création de zones aquacoles, et amélioration de la gouvernance des pêches. La durabilité environnementale sera également un enjeu central, car l’économie bleue ne peut prospérer sans une gestion responsable des écosystèmes marins.
Ce rapprochement avec Maurice pourrait aussi attirer l’attention d’investisseurs internationaux. La Banque mondiale et la Banque africaine de développement soutiennent déjà des programmes régionaux comme le West Africa Regional Fisheries Program. En s’associant à un partenaire crédible, la Côte d’Ivoire renforce son attractivité pour les capitaux privés. À plus long terme, cette coopération pourrait inspirer d’autres pays de la région à nouer des alliances similaires, créant ainsi un réseau d’expertise sud-sud dans l’économie bleue.
Au-delà de la simple coopération bilatérale, la mission ivoirienne à Maurice pose les jalons d’une nouvelle approche du développement en Afrique de l’Ouest : celle d’une croissance fondée sur les ressources océaniques, portée par des alliances entre pays tropicaux. Reste à savoir si cette dynamique pourra s’étendre à d’autres États côtiers et si les engagements pris se concrétiseront en projets durables. L’économie bleue africaine est encore balbutiante, mais des initiatives comme celle-ci pourraient bien en dessiner les contours futurs.