À l'occasion de l'inauguration de l'Office de Développement de l'Artisanat et de la Valorisation (ODHAV) à Dubréka, le 12 juin 2026, le Premier ministre Bah Oury a lancé un appel aux investisseurs nationaux et étrangers pour développer l'industrie pharmaceutique en Guinée. En mettant en avant la richesse de l'écosystème local – les scientifiques ayant démontré que tous les serpents d'Afrique se retrouvent en Guinée – il a plaidé pour la création d'une filière de sérums antivenimeux. Cette initiative s'inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique, alors que la région ouest-africaine fait face à des défis sécuritaires et sanitaires.

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L'inauguration de l'ODHAV aurait pu n'être qu'un événement protocolaire de plus. Mais le discours du Premier ministre Bah Oury en a fait une étape clé dans la vision économique du gouvernement. En ciblant l'industrie pharmaceutique, et plus particulièrement la production de sérums antivenimeux, il ouvre une piste originale pour réduire la dépendance du pays aux importations et aux matières premières.

La Guinée dispose d'atouts naturels indéniables. « Les scientifiques, avec la bénédiction de l'OMS, ont démontré que tous les serpents de l'Afrique se retrouvent en Guinée, particulièrement dans notre écosystème, sauf peut-être les serpents du désert », a déclaré Bah Oury. Cette biodiversité unique constitue une base pour une filière de captage et d'extraction de venin, nécessaire à la fabrication d'antivenins. Le marché est potentiellement continental : selon l'OMS, les morsures de serpent tuent chaque année environ 138 000 personnes dans le monde, dont une grande part en Afrique subsaharienne.

Un appel aux investisseurs dans un contexte de diversification

Le Premier ministre a insisté sur la région de Kindia comme zone d'accueil privilégiée pour des industries pharmaceutiques et chimiques. Cette localisation, à proximité de Conakry et du port, offre des avantages logistiques. Mais l'appel intervient dans un climat économique et sécuritaire régional tendu. En mai 2026, le Mali subissait des frappes aériennes à Kidal et l'explosion d'une mine sur un axe routier, rappelant l'instabilité persistante au Sahel. La Guinée, bien que relativement stable, n'est pas à l'abri des menaces transfrontalières. Développer une industrie locale de santé pourrait renforcer la résilience du pays face aux crises.

Le choix des sérums antivenimeux n'est pas anodin. Produits stratégiques, ils sont souvent coûteux et difficiles à approvisionner en Afrique de l'Ouest. En les fabriquant localement, la Guinée pourrait non seulement couvrir ses besoins, mais aussi exporter vers les pays voisins, créant ainsi des emplois et une valeur ajoutée. Le Premier ministre a d'ailleurs souligné que cette production « ne sera pas simplement pour la Guinée, mais peut-être pour une bonne partie du monde ».

Une stratégie qui s'inscrit dans les priorités régionales

L'appel de Bah Oury fait écho aux efforts de la CEDEAO pour promouvoir la production pharmaceutique locale, afin de réduire la dépendance aux importations extra-africaines. La pandémie de Covid-19 avait mis en lumière la vulnérabilité du continent. Depuis, plusieurs pays – Ghana, Sénégal, Nigeria – ont lancé des initiatives similaires. La Guinée tente de se positionner sur un créneau spécifique, celui des antivenins, là où elle dispose d'un avantage comparatif naturel.

Cependant, des obstacles demeurent : le coût d'installation des laboratoires, les normes de qualité, la formation du personnel, et la sécurisation de l'approvisionnement en venin. Bah Oury a reconnu le besoin d'un accompagnement de l'OMS et des investisseurs. La réussite de ce projet dépendra de la capacité du gouvernement à offrir des incitations fiscales, des infrastructures fiables (électricité, routes) et un cadre réglementaire clair.

Au-delà des serpents, c'est toute une vision de développement économique que le Premier ministre a esquissée. La Guinée cherche à sortir de sa dépendance à l'égard des mines (bauxite, or) en misant sur des industries à haute valeur ajoutée. Reste à savoir si les investisseurs répondront présent, et si le pays saura transformer un atout écologique en avantage concurrentiel durable dans un secteur où la confiance et la qualité sont primordiales.