Alors que le pétrole reste le pilier de son économie, la Guinée équatoriale explore une voie de diversification inédite : transformer ses 800 tonnes de déchets quotidiens en source d'énergie et de revenus. Le 19 mai, le Premier ministre a piloté une réunion de haut niveau avec la firme espagnole GSR TECNOPROIN. Derrière ce projet, c'est toute une stratégie de sortie de la dépendance pétrolière qui se profile.

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Le rendez-vous donné mardi 19 mai à Malabo n’avait rien d’un simple échange technique. Autour de la table, ministres d'État aux Travaux publics, de l'Intérieur, de l'Agriculture : la présence de ces portefeuilles témoigne de l’ambition du gouvernement équato-guinéen de faire de la gestion des déchets une filière industrielle à part entière. L’interlocuteur, GSR TECNOPROIN, apporte une technologie de stérilisation thermique empruntée à l’industrie agroalimentaire, capable de neutraliser les nuisances et de recycler les résidus en matières premières secondaires.

Un levier de diversification face à l’érosion pétrolière Depuis la chute des cours du brut en 2014, la Guinée équatoriale – troisième producteur de pétrole en Afrique subsaharienne derrière le Nigeria et l’Angola – cherche à élargir sa base productive. Le Fonds monétaire international estime que le secteur pétrolier représente encore près de 80 % des recettes d’exportation et 60 % du PIB, mais sa contribution décline avec l’épuisement des réserves et la transition énergétique mondiale. Le projet avec GSR TECNOPROIN s’inscrit dans ce mouvement de recherche de nouvelles sources de devises et d’emplois.

Le modèle promis par la firme espagnole repose sur une adaptation des autoclaves de l’industrie de la conserve aux déchets ménagers. La technologie, déjà éprouvée dans quelques municipalités espagnoles, permettrait de traiter sans combustion ni enfouissement les 800 tonnes quotidiennes produites par Malabo et Bata. Le produit final – un substrat stabilisé – pourrait servir d’intrant pour l’agriculture ou de combustible solide de récupération (CSR). L’enjeu économique est double : réduire le coût actuel de la collecte et du stockage, tout en créant une filière de valorisation monétisable.

Cette initiative s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l’Ouest et centrale, où plusieurs pays tentent de structurer l’économie circulaire. Le Sénégal a lancé en 2025 un programme national de valorisation des déchets plastiques, et la Côte d’Ivoire expérimente des centrales à biomasse à partir de résidus agricoles. La Guinée équatoriale, en misant sur les déchets ménagers, cherche à capter une niche encore peu exploitée dans la région.

Des défis de mise en œuvre et de financement Reste que le projet n’en est qu’à sa phase exploratoire. Aucun chiffre d’investissement ni de calendrier n’a été dévoilé. La capacité de GSR TECNOPROIN à déployer une infrastructure industrielle dans un contexte où la logistique et l’approvisionnement énergétique restent fragiles interroge. Par ailleurs, la rentabilité du modèle dépendra de la capacité à écouler les produits recyclés – un marché encore embryonnaire en Afrique centrale.

Le choix de la stérilisation thermique plutôt que de la méthanisation ou du recyclage classique signale une volonté de sauter des étapes technologiques. Mais cette approche nécessite un approvisionnement électrique stable – un défi dans un pays où le réseau souffre de coupures récurrentes. Les discussions avec les ministères de l’Agriculture (pour les débouchés agricoles) et des Travaux publics (pour les infrastructures) montrent que le gouvernement tente d’anticiper ces obstacles.

Ce projet n’est pas isolé dans la stratégie de diversification de Malabo. En parallèle, le pays développe sa production de gaz naturel liquéfié et explore le potentiel solaire. Mais à la différence des énergies fossiles ou renouvelables, la valorisation des déchets présente l’avantage de répondre à un problème urbain croissant : l’explosion démographique des villes. En 2026, la population de Malabo dépasse 300 000 habitants, et Bata frôle le million. Sans solution durable, ces agglomérations risquent d’être asphyxiées par leurs propres déchets.

En tournant les déchets en ressource, la Guinée équatoriale fait le pari d’une diversification qui ne dépend ni des cours du pétrole ni des aléas climatiques. L’économie circulaire devient ainsi un nouveau terrain d’expérimentation pour les États pétroliers d’Afrique centrale, à l’heure où la pression des bailleurs de fonds et la volatilité des marchés les poussent à réinventer leur modèle de développement.