Le 24 juin, le président ghanéen posera la première pierre de l'expansion de la raffinerie Sentuo, portant sa capacité de 40 000 à 100 000 barils par jour. Cette annonce fait suite à une première historique : le raffinage local du brut du champ Jubilee. Au-delà de l'infrastructure, c'est une stratégie de souveraineté énergétique et d'intégration régionale qui se dessine.
Sentuo double sa capacité
Le 24 juin, le président ghanéen pose la première pierre de l'expansion de la raffinerie Sentuo. Capacité portée de 40 000 à 100 000 barils/jour. Un tournant pour la souveraineté énergétique régionale.
Brut exporté vers raffineries européennes ou sud-africaines. Le Ghana importait quasi 100% de ses produits raffinés.
Multipliée par 2,5. Couvre une part significative de la demande nationale (~80 000 barils/jour).
Les clés du tournant
Chronologie du projet
Le Ghana franchit une étape décisive dans sa politique de transformation industrielle. La raffinerie de Sentuo, située dans la zone industrielle de Tema, va voir sa capacité multipliée par 2,5. Ce projet, porté par le groupe chinois Sentuo, s'inscrit dans une volonté de rompre avec la simple exportation de brut pour développer une chaîne de valeur locale. L'arrivée, quelques jours plus tôt, de la première cargaison de pétrole brut en provenance du champ Jubilee destinée au raffinage sur place symbolise ce basculement.
Cette évolution marque une rupture avec le modèle historique du Ghana, longtemps cantonné à exporter son brut vers des raffineries européennes ou sud-africaines. Le pays, qui importe la quasi-totalité de ses produits raffinés, voyait ses réserves de change grevées par ces achats extérieurs. Avec une capacité portée à 100 000 barils par jour, Sentuo pourra couvrir une part significative de la demande nationale, estimée à environ 80 000 barils par jour. L'enjeu est donc double : réduire la facture énergétique et améliorer la balance commerciale.
Une ambition régionale assumée
Les autorités ghanéennes ne cachent pas leur volonté de faire de Sentuo un hub régional. La raffinerie pourrait approvisionner les pays du Sahel – le Mali, le Burkina Faso, le Niger – où la demande en produits pétroliers croît rapidement, notamment pour les centrales électriques et les transports. Ces marchés sont actuellement dépendants des importations via les ports ivoiriens et béninois. Sentuo offrirait une alternative plus courte et potentiellement moins coûteuse, renforçant le positionnement du Ghana comme plateforme logistique et industrielle en Afrique de l'Ouest.
Cette dynamique s'observe dans un contexte macroéconomique régional favorable. Les marchés financiers de la zone, à l'image de la BRVM, ont enregistré des gains en mai 2026 (hausse de 1,99 % de l'indice composite). Parallèlement, Standard & Poor's a relevé la note souveraine du Nigeria de B- à B, signe d'une amélioration des fondamentaux dans la sous-région. Même si le Ghana n'a pas bénéficié d'une telle revalorisation récente, ces signaux positifs renforcent la crédibilité des grands projets industriels ouest-africains.
Certes, des défis demeurent. Le financement de la phase 2, non détaillé par les promoteurs, devra être sécurisé dans un environnement de taux d'intérêt élevés. La concurrence des raffineries nigérianes, en particulier celle de Dangote qui monte en puissance, pourrait également limiter les parts de marché régionales. Mais l'avantage du Ghana est de bénéficier d'un brut local, de coûts logistiques réduits et d'une stabilité politique relative.
Une stratégie industrielle cohérente
L'expansion de Sentuo n'est pas un projet isolé. Elle s'inscrit dans un plan plus large de valorisation des ressources naturelles, incluant les réformes dans le secteur minier et agricole. En mai 2026, le Cameroun tentait de structurer son secteur aurifère informel ; le Ghana, lui, mise sur l'intégration pétrolière pour créer des emplois, transférer des compétences et diversifier son économie. La banque ivoirienne NSIA poursuivait sa montée en puissance dans le secteur financier régional, illustrant une dynamique d'investissement dans toute la zone.
L'écosystème bancaire et financier accompagne d'ailleurs cette mutation. Les banques régionales, comme NSIA ou Ecobank, sont susceptibles de financer les infrastructures connexes (stockage, transport) nécessaires à l'essor du raffinage ghanéen. La montée de la BRVM en mai traduit une confiance des investisseurs qui bénéficie à l'ensemble des projets structurants.
En définitive, le Ghana opère un choix stratégique clair : transformer son pétrole brut sur place pour en capter la valeur ajoutée et renforcer son autonomie énergétique. La suite dépendra de la capacité à tenir les délais et à gérer les risques opérationnels, mais la direction est prise. L'Afrique de l'Ouest pourrait voir émerger un nouvel acteur majeur du raffinage, redessinant les flux énergétiques de la région.
L'expansion de Sentuo illustre une tendance régionale plus large : la volonté des États ouest-africains de transformer leurs ressources sur place, plutôt que de les exporter brutes. Reste à savoir si cette ambition industrielle pourra résister aux aléas des marchés mondiaux, à la concurrence intra-régionale et aux besoins de financement colossaux. Le Ghana joue une carte décisive pour son avenir énergétique.