Le Ghana, premier producteur d'or d'Afrique, cherche à réduire sa dépendance aux importations de produits pétroliers raffinés. Le gouvernement a annoncé mi-juillet 2026 un objectif ambitieux : couvrir 70% des besoins nationaux en carburant par le raffinage local. Cette stratégie s'appuie sur l'expansion de la raffinerie privée Sentuo, financée par un prêt de 200 millions de dollars, et sur la remise en service de la raffinerie publique de Tema. Derrière ces projets, se dessine une ambition régionale : faire du Ghana un hub pétrolier en Afrique de l'Ouest.

Infographie — Économie · Ghana

L'annonce a été faite par le ministre ghanéen de l'Énergie et de la Transition écologique, John Abdulai Jinapor, lors de la 7e conférence internationale du pétrole du Ghana (GhIPCon 2026) les 16 et 17 juillet. Elle intervient dans un contexte où le pays cherche à consolider sa reprise économique après la crise du début des années 2020. Le Ghana, qui a restructuré sa dette en 2024, voit dans la réduction de sa facture pétrolière un levier pour alléger la pression sur ses réserves de change et soutenir la croissance.

Au cœur de cette ambition se trouve la raffinerie privée Sentuo, construite par un groupe chinois pour un investissement de 1,98 milliard de dollars. Entrée en production en janvier 2024 avec une capacité de 40 000 barils par jour (bpj), elle fait l'objet d'un programme d'extension pour atteindre 100 000 bpj. Le financement de cet agrandissement, coordonné par Ecobank Ghana sous forme de prêt de 200 millions de dollars, illustre la confiance des banques locales dans le projet. Sentuo devrait ainsi devenir l'une des plus grandes raffineries de la sous-région, capable de traiter le brut local et de produire du diesel, de l'essence et du kérosène.

Parallèlement, le gouvernement relance la raffinerie publique de Tema Oil Refinery (TOR), à l'arrêt pendant plusieurs années. Remise en service en décembre 2025, elle traite aujourd'hui environ 28 000 bpj, encore loin de sa capacité installée de 45 000 bpj. Les autorités assurent vouloir augmenter ce volume, mais des questions subsistent sur l'efficacité opérationnelle et les investissements nécessaires pour moderniser une infrastructure vieillissante.

Un enjeu régional de souveraineté énergétique

La stratégie ghanéenne s'inscrit dans une dynamique plus large en Afrique de l'Ouest. La région reste fortement dépendante des importations de produits raffinés, malgré la présence de gisements de pétrole brut au Nigeria, en Côte d'Ivoire et au Ghana même. Le Nigeria, premier producteur africain, peine à faire fonctionner ses propres raffineries publiques, et la méga-raffinerie Dangote, lancée en 2024, rencontre encore des difficultés de montée en puissance. Dans ce contexte, le Ghana espère capter une partie du marché régional, notamment dans les pays sahéliens enclavés comme le Burkina Faso ou le Mali.

Le rôle de la Chine dans l'industrie pétrolière ghanéenne

Le choix de Sentuo, une raffinerie construite par une entreprise chinoise, n'est pas anodin. Il reflète l'influence croissante de Pékin dans le secteur énergétique africain, via des prêts et des investissements directs. Le financement du projet par un prêt syndiqué d'Ecobank montre toutefois que des banques régionales participent aussi à l'aventure, ce qui pourrait limiter la dépendance vis-à-vis des créanciers chinois. Reste à savoir si les conditions du prêt sont transparentes et si le partenariat avec la Chine n'engendre pas des contraintes à long terme.

Défis techniques et environnementaux

Augmenter la capacité de raffinage de 40 000 à 100 000 bpj en quelques années représente un défi technique considérable. La qualité du brut brut ghanéen, souvent lourd et soufré, nécessite des unités de traitement complexes. Par ailleurs, la transition énergétique mondiale pousse à réduire les investissements dans les hydrocarbures. Le gouvernement ghanéen justifie sa stratégie par la nécessité de sécuriser l'approvisionnement pendant la transition, mais des voix s'élèvent pour dénoncer un risque d'actifs échoués. Le pays devra trouver un équilibre entre son ambition industrielle et les engagements climatiques internationaux.

Vers un hub pétrolier ouest-africain ?

Avec Sentuo et Tema, le Ghana dispose d'une capacité de raffinage potentielle de près de 150 000 bpj à terme. Si elle se concrétise, elle pourrait doubler la capacité de raffinage de l'ensemble de la région CEDEAO et faire du Ghana un hub régional. Mais cela suppose que les infrastructures de transport (pipelines, stockage) et la logistique suivent. Le projet s'inscrit aussi dans le cadre plus large du Système d'échanges d'énergie électrique ouest-africain (WAPP), qui interconnecte les réseaux électriques de 15 pays, créant ainsi un marché régional de l'énergie. À terme, pétrole et électricité pourraient s'articuler pour renforcer l'intégration énergétique de l'Afrique de l'Ouest.

L'ambition ghanéenne de réduire sa dépendance pétrolière par le raffinage local est à la fois une réponse à des besoins immédiats et un pari sur l'avenir industriel du pays. La réussite de cette stratégie dépendra de la capacité à surmonter les obstacles techniques, financiers et environnementaux. Plus largement, elle pose la question de la place des énergies fossiles dans le développement de l'Afrique de l'Ouest à l'heure de la transition climatique. Le Ghana peut-il devenir un modèle de souveraineté énergétique sans compromettre ses engagements écologiques ?