La Côte d'Ivoire a mis en service fin juillet 2026 de nouvelles installations de stockage de produits pétroliers totalisant 100 700 mètres cubes. Cette extension intervient dans un contexte marqué par la volatilité des cours et les tensions d'approvisionnement qui ont secoué l'Afrique de l'Ouest ces dernières années. Plus qu'un simple ajout de capacité, le projet consolide la position du pays comme plaque tournante régionale des hydrocarbures, en particulier vers les pays sahélens enclavés.

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Un maillon devenu critique

Le stockage des produits raffinés est longtemps resté le parent pauvre des politiques énergétiques ouest-africaines. Les crises successives – pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, perturbations logistiques dans les ports – ont révélé la fragilité de chaînes d'approvisionnement tendues. En Côte d'Ivoire, chaque épisode de hausse des prix internationaux ou de retard d'acheminement s'est traduit par des files d'attente aux stations-service. La mise en service de ces 100 700 m³ supplémentaires apporte un volant de sécurité qui permet aux distributeurs de lisser les chocs.

Les installations, reliées aux terminaux portuaires d'Abidjan et de San Pedro, viennent densifier un réseau déjà existant mais jugé insuffisant face à la croissance de la demande intérieure. Avec un parc automobile qui s'élargit et une population urbaine en expansion, la consommation de carburants augmente de 4 à 5 % par an. Sans capacités de stockage adéquates, le pays court le risque de pénuries saisonnières, notamment en période de soudure ou de fortes pluies qui perturbent le transport fluvial et routier.

Un enjeu régional pour Abidjan

Au-delà de la sécurité intérieure, ce renforcement sert un objectif géopolitique : conforter le statut de hub régional de la Côte d'Ivoire. La Société ivoirienne de raffinage (SIR) alimente déjà le Burkina Faso, le Mali, le Niger et d'autres pays sahéliens via le corridor d'Abidjan. Ces États, privés d'accès maritime, dépendent entièrement des infrastructures ivoiriennes pour leurs approvisionnements en gazole, essence et kérosène. En augmentant sa capacité de stockage, Abidjan s'assure de pouvoir répondre à la fois à la demande locale et aux commandes des pays de l'hinterland, même en période de tension sur les marchés internationaux.

Cette stratégie intervient dans un contexte où la recomposition des alliances régionales – notamment le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO – complique les échanges commerciaux. Les hydrocarbures restent toutefois un secteur où la coopération technique et logistique prévaut, car les alternatives (acheminement par le Bénin ou le Togo) sont plus coûteuses ou moins fiables. La Côte d'Ivoire entend capitaliser sur son avantage portuaire et raffinier pour maintenir son rôle de pivot énergétique.

Des investissements dans la continuité

L'extension annoncée ne constitue pas un événement isolé. Elle s'inscrit dans une série d'investissements engagés depuis 2020 : modernisation de la raffinerie SIR, construction de nouveaux dépôts à Yamoussoukro et à l'intérieur du pays, et mise en place d'un système de gestion informatisée des stocks. Le gouvernement a également débloqué des fonds pour le développement de l'agriculture et des infrastructures, comme le montrent les articles précédents sur le palmier à huile et les contrats pétroliers. Ces mesures traduisent une volonté de réduire la vulnérabilité aux chocs externes en augmentant la résilience des filières stratégiques.

Des défis persistants

Malgré ces progrès, des fragilités demeurent. La Côte d'Ivoire doit encore importer une part significative de ses produits raffinés, faute d'une capacité de raffinage suffisante pour couvrir toute la demande. La nouvelle capacité de stockage offre un coussin, mais ne règle pas le problème de dépendance aux marchés internationaux. Par ailleurs, le financement de ces infrastructures repose en partie sur des partenariats public-privé et des financements extérieurs, ce qui expose le pays à des conditions de crédit variables.

À l'échelle régionale, la question du stockage se pose avec acuité pour l'ensemble des pays de la CEDEAO. Plusieurs États côtiers (Ghana, Bénin, Togo) ont également lancé des programmes similaires, créant une compétition pour attirer les investissements et capter les flux vers l'hinterland. La Côte d'Ivoire part avec une longueur d'avance grâce à son port autonome d'Abidjan et à son tissu industriel, mais la course s'intensifie.

L'ajout de 100 700 m³ de stockage pétrolier en Côte d'Ivoire illustre une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la course à la sécurisation des approvisionnements dans un environnement marqué par l'instabilité des marchés et les tensions géopolitiques. Abidjan mise sur sa position de hub pour asseoir son influence régionale, mais la durabilité de ce modèle dépendra de sa capacité à équilibrer investissements publics, attractivité pour les capitaux privés et maîtrise des risques de dépendance extérieure. Le prochain défi pourrait être celui de la transition énergétique, qui poussera à repenser à long terme le rôle des hydrocarbures dans le mix régional.