Le 21 mai 2026, Abidjan et la Banque islamique de développement (BID) ont officialisé le lancement de leur stratégie de partenariat 2025-2029, dotée de 2,7 milliards de dollars. Cet engagement intervient alors que la Côte d'Ivoire cherche à accélérer sa transformation économique après une décennie de forte croissance, mais butte sur des goulots d'étranglement administratifs récurrents. La revue de performance du portefeuille actif (2,2 milliards $, 24 opérations) a mis en lumière des retards dans les passations de marchés et une faible maturité de certains projets, symptômes d'une capacité d'absorption limitée.
Partenariat Côte d’Ivoire–BID : 2,7 milliards $ pour verrouiller la transformation
Un paradoxe ivoirien : premier portefeuille BID en Afrique subsaharienne, mais une exécution qui patine.
“Le paradoxe ivoirien : premier portefeuille BID en Afrique subsaharienne, mais des performances de mise en œuvre qui peinent à suivre le rythme des annonces.”
La cérémonie de restitution, présidée par le ministre du Plan Souleymane Diarrassouba, a acté un paradoxe ivoirien : le pays est le premier portefeuille de la BID en Afrique subsaharienne (3,9 milliards $ d'engagements cumulés), mais ses performances de mise en œuvre peinent à suivre le rythme des annonces. Depuis le début de la coopération il y a 25 ans, la relation s'est densifiée, passant d'une logique de projets ponctuels à un cadre stratégique pluriannuel. La SPPM 2025-2029 vise à aligner les financements sur le Plan national de développement (PND) 2021-2025 actualisé, avec des priorités comme l'énergie, l'agriculture et le secteur privé.
Des défis d'exécution qui persistent
Le ministre Diarrassouba a épinglé plusieurs blocages : faible maturité des projets en amont, lenteurs administratives dans les avis de non-objection, difficultés de mobilisation des contreparties nationales. Ces difficultés ne sont pas nouvelles. Lors de la précédente revue de portefeuille en 2023, le taux de décaissement était de 18 % pour les projets en cours, un niveau jugé insuffisant par les experts de la Banque. La nouvelle stratégie tente d'y remédier en renforçant la préparation des projets et la coordination entre ministères sectoriels. Pourtant, la répétition des mêmes constats suggère un problème structurel de capacité institutionnelle.
L'engagement de 2,7 milliards $ sur cinq ans représente une augmentation de 22 % par rapport à la période 2020-2024 (estimée à 2,2 milliards). Cette hausse traduit la confiance de la BID dans la trajectoire ivoirienne, mais aussi la pression croissante sur les finances publiques. La Côte d'Ivoire, comme d'autres pays de l'UEMOA, voit sa dette publique augmenter (58,5 % du PIB fin 2025 selon le FMI) et cherche à diversifier ses sources de financement. La banque islamique, avec ses taux compétitifs et son absence d'intérêts (principe de la charia), devient un partenaire de plus en plus incontournable.
Une stratégie régionale et des enjeux de souveraineté
Ce renforcement du partenariat s'inscrit dans un contexte ouest-africain où plusieurs États cherchent à sécuriser des financements alternatifs. Le Ghana, voisin de la Côte d'Ivoire, a officialisé le 15 mai 2026 sa sortie du programme FMI, après trois années d'ajustement. La Côte d'Ivoire, elle, évite le recours au FMI mais doit composer avec des bailleurs aux exigences variées. La BID, en tant que banque multilatérale islamique, offre une flexibilité politique appréciable – pas de conditionnalité macroéconomique comparable à celle du FMI – mais impose ses propres standards de suivi.
La revue de portefeuille a également souligné la nécessité d'accélérer la transformation numérique des procédures administratives, un chantier lancé par le gouvernement avec le projet Smart Côte d'Ivoire. Le secteur du numérique mobile, mis en avant lors du salon des téléphones et applications mobiles à Abidjan le 15 mai, est perçu comme un levier pour désengorger les processus traditionnels. Pourtant, la lourdeur bureaucratique reste un frein bien documenté dans les évaluations de la Banque mondiale.
Au-delà des aspects techniques, la SPPM 2025-2029 reflète une ambition politique : faire de la Côte d'Ivoire un hub régional pour les investissements islamiques, comme l'a rappelé le Premier ministre Beugré Mambé lors de l'Africa CEO Forum à Kigali quelques jours plus tôt. En invitant les opérateurs économiques à faire de la Côte d'Ivoire une destination privilégiée, le gouvernement mise sur la stabilité politique et la croissance soutenue (7 % en 2025) pour attirer des capitaux privés. Mais la faiblesse de l'absorption des financements publics pourrait freiner cette dynamique.
Le lancement de la SPPM 2025-2029 entre la Côte d'Ivoire et la BID illustre la maturation d'un partenariat qui devient central dans la stratégie de financement du développement ivoirien. Pour autant, la répétition des mêmes blocages – lenteurs administratives, faible préparation des projets – interroge sur la capacité du pays à transformer des milliards d'engagements en résultats tangibles. À l'heure où le Ghana sort du FMI et où le Sénégal cherche à relancer son tourisme, la Côte d'Ivoire doit prouver que sa gouvernance peut suivre le rythme de ses ambitions. Le pari est que la digitalisation et la coordination interministérielle lèveront les obstacles, mais l'expérience passée invite à la prudence.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI)