Le 21 mai 2026, la Commission des Affaires Économiques et Financières de l’Assemblée nationale ivoirienne a approuvé à l’unanimité trois projets de loi structurants portés par le ministre Adama Coulibaly. Ces textes modifient le Code général des impôts, créent le Millennium Challenge Account – Côte d’Ivoire Régional et instaurent un taux réduit de TVA sur certains produits. Cette adoption intervient alors que le Ghana vient de boucler son programme avec le FMI et que la Côte d’Ivoire cherche à renforcer son attractivité, comme en témoigne le lancement d’un salon des applications mobiles à Abidjan.

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Un consensus politique autour de réformes structurelles

L’adoption unanime des trois textes par les 39 membres de la commission, issus du RHDP, du PDCI-RDA, d’Agir et Solidarité, révèle une convergence politique rare sur des sujets fiscaux souvent clivants. Cette unité témoigne d’une prise de conscience collective face aux défis de la croissance post-Covid et de la nécessité de moderniser l’administration fiscale. Le premier texte, qui ratifie l’ordonnance n°2025-406 modifiant l’article 411 du Code général des impôts, s’inscrit dans une dynamique de simplification et d’élargissement de l’assiette fiscale, un impératif pour un pays où le ratio recettes fiscales/PIB stagne autour de 14 %.

La création du MCA-Côte d’Ivoire Régional est une innovation institutionnelle. Calqué sur le modèle du Millennium Challenge Corporation américain, ce compte spécial vise à canaliser des financements concessionnels vers des infrastructures régionales. Ce mécanisme pourrait renforcer l’intégration économique au sein de l’UEMOA, alors que le Ghana voisin sort tout juste d’un programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, signe d’une stabilisation macroéconomique dans la zone. La Côte d’Ivoire semble ainsi miser sur des financements hors bilan pour accélérer ses investissements sans alourdir sa dette publique, qui reste maîtrisée à environ 56 % du PIB.

Des enjeux de transparence et de pouvoir d’achat

Les débats parlementaires ont mis en lumière des préoccupations légitimes : impact des réformes fiscales sur le pouvoir d’achat, mécanismes de contrôle du MCA, garanties de transparence. Le ministre Adama Coulibaly a dû répondre point par point, réaffirmant que le taux réduit de TVA – prévu par l’ordonnance n°2026-03 du 7 janvier 2026 – vise à alléger la charge sur les produits de première nécessité, un enjeu crucial dans un contexte où l’inflation, bien qu’en recul à 2,4 % en 2025, pèse toujours sur les ménages.

Cette préoccupation pour la transparence n’est pas anodine. Elle fait écho aux efforts régionaux de lutte contre la corruption, comme en témoigne la récente formation des experts africains en prévention de la torture en Côte d’Ivoire. Plus largement, la modernisation fiscale ivoirienne s’inscrit dans une tendance ouest-africaine : le Sénégal a récemment dressé un état des lieux de son secteur touristique pour en améliorer la promotion, tandis que le Ghana cherche à consolider sa reprise après le FMI. La Côte d’Ivoire, en adoptant ces réformes, confirme sa volonté de rester un pôle de stabilité et d’attractivité dans la région.

Le choix de concentrer les débats sur ces trois textes, au détriment d’autres urgences, indique une priorité claire : la refonte du cadre fiscal et financier pour soutenir l’investissement privé et public. Le secteur numérique, déjà dynamisé par la troisième édition du salon des téléphones et applications mobiles à Abidjan, pourrait bénéficier directement des nouvelles dispositions fiscales. La Côte d’Ivoire semble ainsi vouloir capitaliser sur sa position de hub régional, tout en répondant aux attentes sociales de sa population.

Au-delà des aspects techniques, ces trois réformes traduisent une stratégie cohérente : consolider les finances publiques tout en stimulant l’activité économique par des incitations ciblées. Elles s’inscrivent dans un mouvement plus large de convergence fiscale au sein de l’UEMOA, où les États membres harmonisent progressivement leurs politiques. La question centrale reste la capacité de l’administration à mettre en œuvre ces mesures avec efficacité et équité, dans un environnement régional marqué par des sorties de crise hétérogènes.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI) · Inflation : 0.1% (FMI)