Le Fonds monétaire international a annoncé le décaissement de près de 844 millions de dollars en faveur de la Côte d'Ivoire, au terme de la sixième revue des programmes MEDC/FEC et de la cinquième revue de la FRD. Les performances budgétaires d'Abidjan, avec un déficit ramené à 3% du PIB en 2025, respectent le critère de convergence de l'UEMOA et contribuent à la reconstitution des réserves régionales. Au-delà de la consolidation budgétaire, l'accord valide aussi des réformes structurelles qui renforcent la gouvernance des finances publiques.
La mission conduite par Geneviève Verdier a souligné des performances « remarquables » dans la mise en œuvre des réformes, notamment la consolidation du Compte unique du Trésor et le renforcement de la gouvernance des entités publiques. Ces avancées permettent à la Côte d'Ivoire de bénéficier de près de 3,5 milliards de dollars de financements sur la période 2023-2026, tout en maintenant un cap de rigueur budgétaire. L'accord intervient dans un contexte où plusieurs États de l'UEMOA peinent encore à respecter les critères de convergence, ce qui donne à Abidjan une position de « bon élève » au sein de l'union monétaire.
Le volet monétaire de cet accord est particulièrement significatif pour l'ensemble de la zone. La réduction du déficit budgétaire ivoirien limite les tirages sur les réserves de change mutualisées à la BCEAO, contribuant ainsi au redressement du ratio de couverture extérieure, tombé sous les 20% après les chocs de 2022. Or, ce ratio est essentiel à la soutenabilité du franc CFA. En offrant un ballon d'oxygène aux réserves régionales, la performance ivoirienne donne une marge de manœuvre à la BCEAO pour maintenir un taux directeur accommodant à 3%, favorable au crédit et à l'investissement privé.
Cette validation externe conforte donc la crédibilité du franc CFA dans un contexte de tensions de liquidités et de difficultés d'accès aux marchés financiers internationaux pour certains pays de la zone. La Côte d'Ivoire, première économie de l'UEMOA, envoie un signal de stabilité aux investisseurs, renforçant l'attractivité de la région. Toutefois, cette performance doit être nuancée : le respect du critère de déficit à 3% du PIB est un objectif ponctuel, et la soutenabilité à long terme repose sur une poursuite des efforts de mobilisation des recettes et de maîtrise des dépenses.
Par ailleurs, les réformes structurelles saluées par le FMI, comme le Compte unique du Trésor et l'amélioration de la gouvernance des entités publiques, ont une portée qui dépasse la seule discipline budgétaire. Elles participent à la transparence des finances publiques et à la lutte contre les détournements, ce qui renforce la confiance des partenaires techniques et financiers. Ces mesures pourraient inspirer d'autres pays de l'UEMOA en quête de crédibilité.
L'accord du FMI illustre ainsi une double dynamique : d'une part, la consolidation budgétaire nationale comme pilier de la stabilité monétaire régionale ; d'autre part, la reconnaissance des réformes de gouvernance comme facteur de résilience. Mais il met aussi en lumière la dépendance de l'union aux efforts individuels de ses membres, alors que plusieurs pays restent en retard sur les critères de convergence.
Alors que l'UEMOA s'engage dans une réflexion sur l'avenir de sa monnaie commune, la performance ivoirienne apporte une matière à penser : la crédibilité d'une union monétaire se joue aussi dans la discipline budgétaire de chacun de ses membres. Les prochains mois diront si les autres États parviendront à suivre l'exemple d'Abidjan, ou si les déséquilibres persistent, fragilisant l'édifice régional.