Le Fonds monétaire international (FMI) a donné son feu vert à la conclusion du programme économique et financier de la Côte d'Ivoire, saluant une croissance de 6,5 % en 2025 et un déficit budgétaire contenu à 3 % du PIB. Cette validation, obtenue à l'issue de la sixième et dernière revue, offre un cas d'école pour les pays de l'UEMOA confrontés à des défis similaires de consolidation budgétaire et de résilience. Alors que la zone franc ouest-africaine cherche à renforcer sa convergence économique, l'expérience ivoirienne interroge sur les conditions de sa reproductibilité.
La mission conduite par Geneviève Verdier a salué non seulement les performances macroéconomiques, mais aussi la capacité de la Côte d'Ivoire à respecter les critères quantitatifs et structurels du programme, malgré des chocs externes répétés. Le taux de croissance de 6,5 % place le pays parmi les économies les plus dynamiques du continent, tandis que le déficit de 3 % du PIB respecte la norme communautaire. Ces résultats sont d'autant plus remarquables que les recettes fiscales ont atteint près de 15 % du PIB, un niveau encore modeste mais en progression, illustrant les efforts de mobilisation des ressources intérieures.
Au-delà du satisfecit, la visite de la délégation du FMI à Abidjan souligne l'importance accordée à la Facilité pour la Résilience et la Durabilité (FRD), un instrument dédié à l'action climatique. La Côte d'Ivoire est ainsi l'un des premiers pays de l'UEMOA à bénéficier de ce mécanisme, qui lie financement et objectifs environnementaux. Cette innovation pourrait servir de modèle pour ses voisins, confrontés aux mêmes vulnérabilités climatiques, mais souvent dépourvus de programmes similaires.
Pour les autres États de l'Union, la réussite ivoirienne pose la question des transferts de politiques publiques. Si le Sénégal, le Bénin ou le Ghana ont aussi connu des croissances soutenues, la capacité à maintenir un déficit sous les 3 % reste inégale. Le Mali et le Burkina Faso, en proie à l'insécurité, peinent à respecter les critères de convergence. La clé du succès ivoirien semble résider dans la combinaison d'une stabilité politique relative, d'une diversification économique amorcée et d'un ciblage des investissements vers les infrastructures et le capital humain.
Cependant, des défis persistent. La part de l'informel dans l'économie ivoirienne reste élevée, ce qui limite l'assiette fiscale. De plus, la croissance bénéficie encore trop peu aux couches les plus vulnérables, comme en témoigne un taux de pauvreté toujours important. Le FMI lui-même souligne la nécessité de poursuivre les réformes structurelles pour renforcer l'inclusion. La Côte d'Ivoire devra aussi gérer la transition post-programme sans le filet de sécurité des revues périodiques du FMI.
L'approbation du FMI intervient dans un contexte régional où les déséquilibres macroéconomiques s'aggravent sous l'effet de l'inflation importée et des pressions sociales. La zone UEMOA a récemment assoupli ses critères de convergence budgétaire pour faire face aux crises, mais la Côte d'Ivoire prouve que le respect des règles est possible avec une gestion rigoureuse. Ce signal pourrait inciter d'autres pays à renforcer leur discipline fiscale pour restaurer la confiance des investisseurs et des institutions internationales.
Alors que le Conseil d'administration du FMI doit encore entériner formellement cette revue, la Côte d'Ivoire trace une voie qui pourrait inspirer ses partenaires de l'UEMOA. Mais chaque État doit composer avec ses propres contraintes politiques, sécuritaires et structurelles. La réussite ivoirienne n'est pas une recette mais une illustration des compromis nécessaires entre rigueur budgétaire, croissance inclusive et résilience climatique. Dans une région où les trajectoires divergent, elle offre une référence pour le débat sur l'avenir du pacte de convergence monétaire ouest-africain.