Le 11 juillet 2026, à New York, le ministre burkinabè de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, a présenté le troisième Rapport national volontaire (VNR) devant le Forum politique de haut niveau sur le développement durable. Le document fait état d’une croissance économique moyenne de 4,8 % entre 2016 et 2025, qualifiée d’« exploit » par les autorités. Cette performance intervient dans un contexte marqué par l’insécurité persistante, les chocs climatiques et une contraction des ressources extérieures, mais aussi par une montée en puissance du secteur minier et une mobilisation accrue des recettes internes.
4,8 % de croissance : les ressorts d’une résilience sous tension
Entre 2016 et 2025, le Burkina Faso affiche une croissance moyenne de 4,8 % malgré l’insécurité et les chocs climatiques. Le VNR 2026 détaille les piliers de cette performance.
Ce socle de résilience compense le recul des financements extérieurs, une tendance lourde pour les pays du Sahel.
Les moteurs internes de la résilience
Le rapport met en avant deux piliers principaux de cette dynamique : l’agriculture et l’industrie. En 2025, la production céréalière a atteint 7,15 millions de tonnes, couvrant 126 % des besoins nationaux. Ce résultat, obtenu malgré les déplacements de populations et les difficultés d’accès aux terres, témoigne d’une adaptation des systèmes de production et d’un soutien ciblé de l’État aux filières vivrières. Parallèlement, la part de l’industrie dans le PIB est passée de 24,4 % en 2016 à 32,9 % en 2025. Cette évolution est portée par l’essor des activités de transformation et surtout par le secteur minier, qui a attiré des investissements étrangers malgré un environnement sécuritaire dégradé.
Sur le plan budgétaire, la mobilisation des ressources propres a atteint 3 309,7 milliards FCFA en 2025. Ce chiffre est présenté comme un socle de la résilience face au recul des financements extérieurs – une tendance lourde pour les pays du Sahel confrontés à une défiance croissante des bailleurs traditionnels. Le ministre Nacanabo a insisté sur le fait que la croissance a été obtenue alors que les priorités budgétaires étaient largement absorbées par la sécurité et la réponse aux crises humanitaires. Ce double effort – maintenir l’investissement productif tout en faisant face à des dépenses contraintes – constitue l’un des enseignements clés du rapport.
Un modèle sous tension ?
Pour autant, ce bilan décennal ne doit pas occulter les fragilités structurelles. Le rapport lui-même reconnaît que la croissance n’a pas été inclusive : les inégalités territoriales restent marquées, et une part importante de la population vit toujours en dessous du seuil de pauvreté. La dépendance au secteur minier – en particulier à l’or – expose l’économie aux fluctuations des cours mondiaux et aux aléas juridiques. L’actualité récente en fournit une illustration : en juin 2026, le tribunal de commerce de Ouagadougou a annulé un accord d’achat d’or entre Franco-Nevada et Riverstone Karma, ordonnant le paiement de 5,2 milliards FCFA. Cette décision, qui s’inscrit dans une volonté de renégociation des contrats miniers, pourrait à terme modifier les conditions d’exploitation et peser sur l’attractivité du secteur.
Par ailleurs, le contexte sécuritaire reste préoccupant. Si l’armée et les supplétifs civils ont repris le contrôle de certaines zones, les groupes armés continuent de perturber l’activité économique, notamment dans le nord et l’est du pays. La croissance de 4,8 % doit donc être relativisée : elle part d’une base faible et a été portée par des secteurs peu créateurs d’emplois, comme l’extraction minière. Le rapport souligne que la transformation structurelle reste à accomplir, et que la résilience macroéconomique ne peut durablement se passer d’une amélioration de la gouvernance et de la diversification.
Le rapport a également attiré l’attention sur la coopération internationale. En marge du forum, la Banque africaine de développement a préparé le Document de stratégie pays 2027-2031, qui devrait soutenir les priorités nationales. Ce signal, couplé à la présentation du VNR, vise à rassurer les partenaires sur la capacité du Burkina à gérer ses finances et à mettre en œuvre des réformes. Cependant, le recentrage des bailleurs vers d’autres régions (Ukraine, Moyen-Orient) et les conditionnalités liées aux droits de l’homme compliquent l’accès aux financements concessionnels.
Enfin, le rapport s’inscrit dans une dynamique régionale. Les pays de l’UEMOA, confrontés à des défis similaires – insécurité, changements climatiques, endettement – cherchent à renforcer leurs ressources propres. Le Burkina, avec une pression fiscale encore faible (autour de 15 % du PIB), dispose d’une marge de manœuvre pour accroître ses recettes, mais cela suppose des réformes administratives et une lutte accrue contre la fraude.
Le troisième Rapport national volontaire du Burkina Faso dresse le portrait d’une économie qui tient bon malgré des vents contraires. Mais la résilience affichée – 4,8 % de croissance en moyenne sur dix ans – ne doit pas masquer les fragilités d’un modèle encore trop dépendant de l’or et des céréales, et fragilisé par l’insécurité. La question qui se pose désormais, au-delà des chiffres, est celle de la soutenabilité : cette croissance pourra-t-elle se poursuivre sans une réduction significative des risques sécuritaires et une diversification plus poussée ? La réponse engagera non seulement l’avenir du Burkina, mais aussi celui de toute une sous-région en quête de modèles de développement résilients.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 5.0% (FMI) · Croissance du PIB réel : 5.0% (FMI) · Croissance du PIB réel : 5.0% (FMI)