Selon le dernier rapport annuel de la Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), les économies du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont enregistré une croissance cumulée de 5,5 % en 2025. Ce taux, supérieur à la moyenne ouest-africaine, masque des disparités et des fragilités, notamment dans le secteur minier, où les relations avec les entreprises étrangères se tendent.
AES : une croissance malgré tout
Burkina Faso, Mali, Niger — 5,5 % de croissance cumulée en 2025, au-dessus de la moyenne ouest-africaine. Mais des fragilités minent le récit.
Supérieur à la moyenne ouest-africaine, mais cache des disparités internes.
En repli par rapport à 2024 (10,3 %), mais porté par le pétrole et l'agriculture.
Relations tendues avec les entreprises étrangères, vulnérabilités structurelles.
Burkina Faso · Mali · Niger — Les trois pays de l'AES affichent une résilience économique malgré l'isolement diplomatique et les défis sécuritaires.
“5,5 % de croissance cumulée, un chiffre qui interpelle et contraste avec les discours alarmistes.”
Le chiffre interpelle : 5,5 % de croissance cumulée pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, les trois membres de l'Alliance des États du Sahel (AES), selon le rapport annuel 2025 de la Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC). Ce résultat, publié en juillet 2026, contraste avec les discours alarmistes sur l'isolement diplomatique et sécuritaire de ces pays dirigés par des régimes militaires. Il témoigne d'une résilience économique réelle, mais aussi de vulnérabilités structurelles que les chiffres bruts ne révèlent pas.
Le Niger se distingue avec une croissance de 6,9 %, certes en repli par rapport au taux spectaculaire de 10,3 % enregistré en 2024, mais encore l'un des plus élevés d'Afrique de l'Ouest. La BIDC attribue cette performance à l'augmentation de la production agricole, à l'essor des exportations de pétrole brut et à la vigueur du secteur des services. Le recul par rapport à 2024 s'explique en partie par un effet de base, après une année exceptionnelle marquée par le début de l'exploitation du pipeline vers le Bénin. La dépendance aux hydrocarbures expose toutefois le pays aux fluctuations des cours mondiaux.
Au Burkina Faso, la croissance atteint 5,0 %, en légère hausse par rapport aux 4,8 % de 2024. Cette progression est portée par une agriculture soutenue par des conditions climatiques favorables et des programmes gouvernementaux, ainsi que par une expansion du secteur des services. L'industrie minière, dominée par l'or, a également contribué, grâce à des cours mondiaux élevés. Pourtant, le rapport de la BIDC qualifie le climat des affaires dans le secteur extractif de « débâcle », en raison des tensions croissantes entre les autorités et les compagnies occidentales. La volonté affichée du gouvernement de réduire l'influence étrangère se traduit par des renégociations de contrats et des contentieux. Exemple récent : en juin 2026, le tribunal de commerce de Ouagadougou a annulé un accord d'achat d'or signé en 2014 entre la société canadienne Franco-Nevada et Riverstone Karma, condamnant la première à verser 5,2 milliards de francs CFA. Cette décision illustre la défiance persistante envers les opérateurs historiques, souvent perçus comme les héritiers d'un système colonial. Le climat d'incertitude juridique pourrait à terme freiner les investissements, même si, pour l'instant, la hausse du prix de l'or compense les risques.
Le Mali, quant à lui, voit sa croissance fléchir à 4,9 % en 2025, contre 5,0 % un an plus tôt. Le pays poursuit sa politique de « localisation » des industries, notamment minières, avec la création d'une compagnie nationale d'hydrocarbures et la révision des permis. Mais les difficultés sécuritaires et les tensions avec les partenaires traditionnels pèsent sur la confiance des investisseurs. La baisse, bien que modeste, suggère que les gains liés aux réformes ne compensent pas encore les pertes de dynamisme.
Au-delà des performances nationales, ces chiffres révèlent une économie sahélienne qui résiste aux chocs politiques et sécuritaires, mais qui reste tributaire de secteurs volatils : agriculture pluviale, mines, énergie. La BIDC elle-même insiste sur la nécessité de diversifier les moteurs de croissance. Par ailleurs, l'engagement de la Banque africaine de développement, qui prépare son Document de stratégie pays 2027-2031 pour le Burkina Faso, montre que les institutions financières internationales ne tournent pas le dos à la région, malgré les tensions diplomatiques.
La croissance affichée par les pays de l'AES en 2025 est un signe de résilience, mais elle ne doit pas occulter les fragilités sous-jacentes : dépendance aux matières premières, climat des affaires dégradé, et isolement progressif des circuits financiers traditionnels. La capacité de ces États à transformer leur essor démographique et agricole en développement durable reste la question centrale pour les années à venir.