Le Burkina Faso a enregistré une croissance économique moyenne de 4,8% entre 2016 et 2025, selon des chiffres gouvernementaux récents. Ce chiffre contraste avec l’instabilité sécuritaire et politique qui secoue le pays depuis plusieurs années. Il interroge sur les ressorts profonds de l’économie burkinabè et sa capacité à résister aux chocs.

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Cette performance, dévoilée le 15 juillet 2026 par le gouvernement, couvre une décennie marquée par l’intensification des attaques jihadistes, deux coups d’État (2022) et une transition politique prolongée. Pourtant, le produit intérieur brut a progressé à un rythme soutenu, porté principalement par le secteur minier – l’or représente plus de 70% des exportations – et par une agriculture qui, malgré les déplacements de populations, continue d’alimenter une part significative de l’activité.

Des ressorts structurels à ne pas sous-estimer

Si la croissance semble robuste, elle doit être relativisée. Le taux moyen de 4,8% masque une forte variabilité : des pointes à 6% en 2017-2018 et un ralentissement à 3% environ en 2022-2023, lors du pic des violences et des sanctions de la CEDEAO. La reprise récente (2024-2025) s’explique par l’apaisement relatif des tensions diplomatiques et une hausse des cours de l’or, qui profite directement aux recettes d’exportation.

Le rôle clé de l’or et des réformes minières

Le Burkina a su attirer des investissements miniers malgré l’insécurité. Des compagnies comme Endeavour Mining ou Iamgold ont maintenu leurs opérations, bénéficiant de la flambée du métal jaune (plus de 2 000 dollars l’once en 2025). Par ailleurs, le code minier révisé en 2023 a accru la part de l’État dans les revenus, renforçant les finances publiques. Ce secteur a ainsi servi d’amortisseur face aux chocs sécuritaires.

Une croissance qui interroge la résilience sociale

La question du partage des fruits de la croissance demeure. Les indicateurs sociaux – pauvreté, accès à l’éducation, santé – restent dégradés, en particulier dans les régions du Nord et de l’Est, épicentres des violences. L’inflation, bien que modérée (autour de 3% en 2025), pèse sur le pouvoir d’achat des ménages, comme le rappelaient les inquiétudes sénégalaises sur le coût de la vie en mai 2026.

Un contraste avec les trajectoires régionales

La performance burkinabè s’inscrit dans un contexte ouest-africain hétérogène. Au Ghana, la sortie du programme FMI en mai 2026 marque une normalisation budgétaire après la crise de 2022, mais le pays reste sous surveillance. La Côte d’Ivoire affiche une croissance plus élevée (7% en 2025), tirée par les infrastructures et les hydrocarbures. Le Burkina, lui, doit composer avec une vulnérabilité accrue aux chocs exogènes – climat, cours des matières premières, insécurité.

Les leçons d’une décennie de turbulence

La décennie 2016-2025 montre que la croissance burkinabè a été pilotée par des facteurs externes (prix de l’or) plus que par des réformes structurelles profondes. La diversification économique reste un chantier majeur. Le pays dépend toujours de l’agriculture pluviale et de l’exploitation minière, deux secteurs exposés aux aléas climatiques et sécuritaires.

Vers quel modèle de développement ?

Les autorités de transition, puis le gouvernement civil récemment installé, ont mis en avant des plans de relance axés sur les infrastructures et l’industrialisation légère. Mais leur mise en œuvre est entravée par l’insuffisance des ressources budgétaires et la persistance de l’insécurité dans la zone des trois frontières. La croissance affichée ne doit pas masquer la fragilité du modèle.

Au-delà des chiffres, l’exemple burkinabè pose la question de la soutenabilité d’une croissance extravertie dans un contexte sahélien instable. Alors que le Ghana tourne la page du FMI et que la Côte d’Ivoire accélère, le Burkina illustre une autre facette des économies ouest-africaines : celle qui résiste mais reste structurellement vulnérable. La prochaine décennie dira si les réformes engagées permettront de transformer cette résilience conjoncturelle en développement durable.

Données de référence : Inflation : -0.5% (FMI)