Du 24 juillet au 2 août 2026, la localité de Kindi accueille le Camp international d’échanges culturels, de reboisement et d’actions communautaires (CIECRAC), organisé par la Fédération burkinabè des associations et clubs pour l’UNESCO. Au programme, une formation pratique dispensée par des experts agricoles chinois sur les techniques de production maraîchère et la culture hors-sol, destinée à une centaine de jeunes campeurs. Cette initiative, qui mêle transfert de compétences et actions environnementales, intervient dans un contexte où la Chine renforce sa présence dans les secteurs non extractifs en Afrique de l’Ouest. Elle marque un infléchissement notable par rapport aux coopérations historiquement centrées sur les mines et les hydrocarbures, comme en témoignent les récents accords entre le Niger et la China National Petroleum Corporation (CNPC) en mai 2026, après une année de tensions.
🌱 La Chine cultive un nouveau partenariat au Sahel
Formation agricole, reboisement et don de matériel : le CIECRAC 2026 à Kindi illustre le virage de la coopération sino-africaine vers l'agriculture et l'environnement, après des décennies centrées sur les mines et le pétrole.
Techniques de production maraîchère et culture hors-sol par des experts chinois, à Kindi.
Actions communautaires et environnementales intégrées à la formation.
La Chine élargit ses partenariats au-delà des mines (or, uranium) et du pétrole.
Accord Niger-CNPC en mai 2026 après un an de tensions — le pétrole reste un levier clé.
⏱ Chronologie : de l'extraction à l'agriculture
Pics miniers
Exploitation aurifère chinoise au Burkina et au Mali ; tensions sur les hydrocarbures au Niger.
Accord Niger – CNPC
Reprise de la coopération pétrolière après une année de tensions diplomatiques.
CIECRAC – Kindi (Burkina)
Formation agricole chinoise, reboisement et don de matériel : nouveau modèle de coopération.
🌍 Corridor de la coopération sino-sahélienne
“Le choix de solliciter l’équipe technique agricole chinoise découle de la reconnaissance de l’expertise de la Chine dans le domaine agricole.”
-4,0 % du PIB
Selon la Banque mondiale9,7 Mrd USD
Selon la Banque mondiale24,1 millions
Selon la Banque mondialeLa formation, qui s’est tenue le 28 juillet, a porté sur la production maraîchère en culture hors-sol et l’entretien des plantes en saison sèche. Selon Ahmed Diallo, chef de la jeunesse des Écoles associées à la Commission nationale burkinabè pour l’UNESCO, le choix de solliciter l’équipe technique agricole chinoise découle de la reconnaissance de l’expertise de la Chine dans le domaine agricole. Hu Yuzhou, chef de l’assistance technique agricole chinoise, a salué l’engouement des participants, soulignant l’importance des légumes pour la santé et l’alimentation. L’événement a également inclus un don de matériel et des actions de reboisement, s’inscrivant dans une logique de coopération multidimensionnelle.
Cette initiative s’insère dans une tendance plus large de diversification des partenariats sino-africains. Historiquement, la présence chinoise en Afrique de l’Ouest a été dominée par les secteurs extractifs : mines d’or au Burkina et au Mali, pétrole au Niger. Les sources récentes indiquent d’ailleurs que le Niger a conclu de nouveaux mémorandums d’entente avec des partenaires chinois le 18 mai 2026, mettant fin à un an de tensions avec la CNPC. Parallèlement, la société chinoise Zijin Mining a revu à la hausse ses objectifs de production d’or, visant 140 tonnes d’ici 2028, ce qui concerne potentiellement ses opérations en Afrique. Cependant, la formation de Kindi illustre une évolution : la Chine investit désormais dans le capital humain et la sécurité alimentaire, des domaines stratégiques pour les pays sahéliens confrontés à l’insécurité et au changement climatique.
Le choix du Burkina Faso n’est pas anodin. Le pays traverse une période de transition politique depuis le coup d’État de 2022, et fait face à une crise sécuritaire qui fragilise les zones rurales. L’agriculture, qui emploie plus de 80 % de la population active, est directement affectée par l’insécurité et les aléas climatiques. Des techniques comme la culture hors-sol, qui permettent de produire des légumes en milieu contrôlé et avec peu d’eau, répondent à un besoin criant d’adaptation. En formant la jeunesse, la coopération chinoise mise sur un levier de résilience à long terme, tout en renforçant son image de partenaire de développement.
Un glissement stratégique du hard au soft power
Au-delà de l’aspect technique, cette formation témoigne d’un rééquilibrage des priorités dans la diplomatie chinoise en Afrique. Les critiques sur la dépendance aux matières premières et le manque de retombées locales des projets miniers ont poussé Pékin à promouvoir des initiatives plus visibles et socialement utiles. L’assistance technique agricole, les bourses d’études et les programmes de formation deviennent des leviers de soft power. Dans le cas du Burkina, la sollicitation de l’expertise chinoise par une fédération locale montre une demande endogène, ce qui renforce la légitimité de l’initiative.
Sur le plan régional, cette coopération agricole pourrait inspirer d’autres pays de la CEDEAO et de l’UEMOA, où la question de l’autosuffisance alimentaire est récurrente. Les récentes catastrophes minières – comme l’éboulement meurtrier d’un site d’orpaillage artisanal au Mali début juin 2026 – rappellent les limites du tout-extractif. La formation de Kindi offre une alternative concrète, même si son impact reste modeste à l’échelle du pays. Elle pose la question de la reproductibilité et du passage à l’échelle de telles initiatives.
Cependant, cette coopération n’est pas exempte de défis. La dépendance aux intrants et aux technologies importées peut créer une nouvelle forme d’asymétrie. Par ailleurs, la formation ponctuelle ne résout pas le manque d’accès au foncier, au crédit ou aux marchés pour les jeunes agriculteurs. La durabilité de ces transferts dépendra de la capacité des institutions burkinabè à les intégrer dans les politiques publiques agricoles.
Alors que les ressources minières s’épuisent ou deviennent plus controversées, la coopération agricole sino-ouest-africaine pourrait bien devenir un pilier des relations bilatérales. Reste à savoir si ces initiatives, encore embryonnaires, parviendront à s’ancrer dans les territoires et à transformer durablement les pratiques agricoles des jeunes Sahéliens.