Le 6 mai 2026, à Koudougou, 169 micro-vidéos de formation piscicole ont été remises aux acteurs burkinabè. Ce projet PESA, soutenu par les Pays-Bas, illustre comment le numérique permet de maintenir la formation malgré l’instabilité sécuritaire. Une initiative qui interroge les modèles de diffusion agricole en zone de conflit.

L’atelier national de diffusion des capsules vidéo du projet PESA (Pisciculture pour l’Emploi et la Sécurité Alimentaire) s’est tenu le 6 mai 2026 à Koudougou, chef-lieu de la région du Centre-Ouest. Porté par la Fondation Cordaid avec l’appui financier du Royaume des Pays-Bas, ce projet a produit 169 micro-vidéos issues de guides de bonnes pratiques et de modules de formation, couvrant aussi bien les techniques d’élevage que l’éducation financière. L’objectif affiché : améliorer la productivité et la transformation piscicole dans un pays où le poisson d’eau douce reste une source protéique essentielle, mais où la production locale ne couvre qu’environ 30 % de la demande.

Ce recours au numérique s’explique d’abord par le contexte sécuritaire. Le Burkina Faso fait face depuis 2015 à des attaques jihadistes récurrentes, qui ont particulièrement affecté les régions de l’Est, du Nord et du Sahel. Les déplacements des agents de vulgarisation et des producteurs sont devenus risqués, voire impossibles par endroits. Les capsules vidéo offrent une alternative : elles peuvent être consultées à tout moment sur un téléphone portable ou une tablette, sans nécessiter de déplacement ni de regroupement physique. Une manière de contourner l’insécurité tout en poursuivant la formation des acteurs.

Au-delà de la sécurité, la digitalisation répond à un impératif d’efficience. Les promoteurs du projet soulignent que le numérique permet d’accroître la productivité, de réduire les coûts opérationnels et de constituer des bases de données facilitant le suivi-évaluation. Dans un secteur agricole où les marges sont souvent faibles, ces gains peuvent faire la différence. De plus, les vidéos sont reproductibles à l’infini, élargissant le champ d’impact des actions de formation sans augmentation des coûts variables.

Le projet PESA s’inscrit dans une tendance régionale plus large. En Afrique de l’Ouest, plusieurs pays expérimentent des solutions de e-extension pour l’agriculture : le Ghana avec le système d’information agricole, le Nigeria avec les plateformes de conseil par SMS, ou encore le Sénégal avec des applications de suivi des intrants. Au sein de l’UEMOA, la digitalisation des chaînes de valeur est encouragée par la stratégie régionale de l’agriculture. Cependant, le Burkina Faso se distingue par l’ampleur du défi sécuritaire, qui accélère l’adoption de ces outils.

Reste la question de la pérennité. Les 169 capsules vidéo constituent une ressheet éducative précieuse, mais leur diffusion et leur mise à jour nécessitent un investissement continu en connectivité, en matériel et en formation des formateurs. La couverture internet au Burkina Faso, bien qu’en progrès, reste inégale, surtout en milieu rural. Sans un engagement durable des partenaires financiers et des autorités nationales, le risque est grand que ces outils numériques ne deviennent obsolètes ou sous-utilisés. Le pari du PESA est donc autant technique que politique.

En misant sur des vidéos accessibles sur mobile, le Burkina Faso teste un modèle de formation agricole adapté aux zones de conflit. Cette expérience pourrait inspirer d’autres pays sahéliens confrontés à l’insécurité, mais aussi interroge sur la capacité à maintenir dans la durée de tels dispositifs, alors que les financements internationaux sont souvent cycliques. Au-delà de la pisciculture, c’est toute la question de la résilience des systèmes de vulgarisation agricole en Afrique de l’Ouest qui est posée.