Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a ouvert lundi 13 juillet 2026 le premier Forum international sur le développement durable des transports maritimes et de la logistique dans l'économie bleue, avec l'ambition de faire du Sénégal un hub maritime africain de référence. Fort de 700 milliards de FCFA générés par les activités portuaires de Dakar entre 2022 et 2024, le secteur maritime représente déjà 4% du PIB et 170 000 emplois. Cette initiative s'inscrit dans une dynamique régionale où la Côte d'Ivoire renforce ses investissements et le Ghana voit sa note relevée par Fitch, signalant une attention croissante portée aux infrastructures et à la résilience économique en Afrique de l'Ouest.
Souveraineté maritime : les 4 piliers du hub
Bassirou Diomaye Faye pose les fondations d’une transformation structurelle par la mer.
« Notre souveraineté maritime ne se négocie pas. »
Le discours présidentiel, prononcé en présence du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo et de la ministre des Pêches et de l'Économie maritime Amy Mara Dièye, a mis l'accent sur la nécessité de dépasser le simple statut de pays de transit. « Notre souveraineté maritime ne se négocie pas », a martelé Bassirou Diomaye Faye, liant explicitement la modernisation portuaire à une stratégie de souveraineté économique. Cette vision s'articule autour de quatre piliers : infrastructures, souveraineté, formation et transition écologique.
Un socle économique déjà solide
Les chiffres avancés par le chef de l'État donnent la mesure de l'enjeu : 700 milliards de FCFA de retombées portuaires en trois ans, soit près de 4% du PIB, et 170 000 emplois directs et indirects. Ces performances, réalisées alors que le port de Dakar fonctionne encore en deçà de son potentiel, constituent une base crédible pour l'ambition affichée. Le président a rappelé que le Sénégal dispose de 750 kilomètres de côtes et d'un réseau fluvio-lacustre important, atouts encore sous-exploités. La stratégie s'inscrit dans l'Agenda national de transformation 2050, qui fait de l'économie bleue un moteur de diversification post-pétrole.
Un contexte régional concurrentiel
Le Sénégal n'est pas seul à viser le statut de hub maritime. La Côte d'Ivoire, qui a obtenu en juin 2026 un volume d'investissements supérieur à 25 millions de dollars dans le cadre de sa coopération avec les îles Canaries, renforce également ses infrastructures portuaires et logistiques. Par ailleurs, le Ghana voit sa note souveraine relevée de B- à B par Fitch en mai 2026, signe d'une reprise économique qui pourrait attirer davantage d'investissements dans le transport maritime. Ces dynamiques créent une émulation régionale, mais aussi une pression concurrentielle.
Des défis institutionnels à surmonter
L'ambition sénégalaise devra composer avec des fragilités institutionnelles. En mai 2026, l'Observatoire de la Qualité des Services Financiers du Togo (OQSF-TG), outil clé pour la supervision des acteurs financiers dans l'UEMOA, n'était toujours pas opérationnel malgré son existence sur papier depuis 2022. Ce cas illustre le décalage fréquent entre volonté politique et mise en œuvre effective dans la région. Pour le Sénégal, la réussite de la stratégie bleue passera par une capacité à concrétiser les projets annoncés, notamment en matière de formation et de digitalisation des procédures portuaires.
L'économie bleue s'impose progressivement comme un axe structurant des politiques de développement en Afrique de l'Ouest, au même titre que l'agriculture ou les mines. Si le Sénégal parvient à conjuguer vision politique, financement et efficacité opérationnelle, il pourrait bien profiter de la fenêtre ouverte par la reprise post-Covid et les besoins croissants en infrastructures logistiques. Reste à savoir si les partenaires techniques et financiers accompagneront cette transformation à la hauteur des ambitions affichées.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)