La présence de représentants du Niger, du Mali et du Burkina Faso à l'investiture du président béninois Romuald Wadagni, le 24 mai 2026 à Cotonou, marque une inflexion diplomatique majeure après des années de tensions. Ce signal de détente intervient alors que les échanges commerciaux entre le Bénin et ces pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) étaient quasi gelés depuis 2023, affectant des filières clés comme le coton et le bétail. L'enjeu est de taille : restaurer les corridors logistiques et relancer un commerce estimé à plusieurs centaines de milliards de francs CFA.

Infographie — Économie · Bénin

Un signal politique lourd de sens

La cérémonie d'investiture de Romuald Wadagni s'est déroulée selon la tradition béninoise, sans chefs d'État étrangers. Mais la présence de délégations officielles des trois pays de l'AES, notamment le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine, a été remarquée et longuement applaudie. Ce geste contraste avec les relations glaciales qui prévalaient depuis le coup d'État de juillet 2023 au Niger, marquées par des accusations de déstabilisation et des fermetures de frontières.

Des enjeux économiques immédiats

Le Bénin est un corridor naturel pour les pays sahéliens enclavés. Avant la crise, le port de Cotonou assurait une part significative des importations du Niger et du Burkina Faso, et les échanges de bétail entre le Sahel et les marchés côtiers étaient florissants. La filière coton, moteur de l'économie béninoise, dépend aussi de débouchés régionaux. La détente actuelle pourrait permettre de rouvrir ces voies commerciales, cruciales pour l'approvisionnement et les recettes d'exportation.

Le nouveau président, qui était ministre des Finances sous Patrice Talon, connaît bien les ressorts de cette interdépendance. Dans son discours d'investiture, il a insisté sur une croissance qui profite aux populations, un message qui passe aussi par des échanges régionaux fluides. La reprise du commerce avec les pays de l'AES aurait un impact immédiat sur les prix des denrées de base et sur les revenus des éleveurs et producteurs de coton.

Une rupture avec le climat de défiance

Jusqu'à récemment, les relations entre Cotonou et les capitales de l'AES étaient marquées par une méfiance réciproque. Les sanctions de la CEDEAO après le putsch nigérien, puis le retrait de l'AES de l'organisation régionale en janvier 2025, avaient gelé les coopérations. Les frontières étaient devenues poreuses ou fermées, et les incidents diplomatiques fréquents. La présence des délégations à l'investiture de Wadagni montre que les deux parties cherchent désormais à dépasser ce blocage.

Des discussions de fond sur la réouverture des corridors et la sécurisation des axes transfrontaliers pourraient rapidement s'engager. Le nord du Bénin est lui-même confronté à des incursions jihadistes, et la coopération sécuritaire avec les voisins sahéliens est un autre volet de cette détente. Le président Wadagni a d'ailleurs promis de « ne céder ni à la peur ni au relâchement » face aux menaces.

Un contexte régional en mutation

Cette ouverture diplomatique s'inscrit dans une tendance plus large de pragmatisme économique en Afrique de l'Ouest. Malgré les fractures politiques, les acteurs économiques poussent à la normalisation. Le Bénin, avec son port et son tissu industriel, a tout à gagner d'une reprise des flux avec ses voisins. Pour l'AES, sortir de l'isolement commercial est une nécessité. Le chemin reste semé d'obstacles, mais la poignée de main de Cotonou pourrait être le premier pas vers une intégration économique qui transcende les clivages politiques.

Au-delà de l'embellie diplomatique, se profile la question de la recommercialisation des relations entre la CEDEAO et l'AES. Le Bénin, de par sa position géographique et son rôle de hub, pourrait servir de pont. Mais la réussite de cette détente dépendra de sa traduction en accords concrets sur les transports, les douanes et la sécurité. Une nouvelle donne régionale se dessine, où l'économie pourrait forcer le dialogue politique.