La ville côtière de Grand-Popo accueille depuis le 2 juillet une conférence internationale sur la coopération décentralisée, réunissant acteurs institutionnels et experts de l'UEMOA et de la BOAD. Ce rendez-vous intervient dans un contexte régional marqué par un déficit d’infrastructures de 118 milliards de dollars et une inflation persistante à 15,7%. Il traduit une recherche de nouveaux mécanismes de financement pour les collectivités locales, alors que les États centraux peinent à combler les besoins.
Coopération décentralisée : nouveau levier pour le financement des territoires ?
La ville côtière de Grand-Popo accueille depuis le 2 juillet une conférence internationale sur la coopération décentralisée, réunissant acteurs institutionnels et experts de l'UEMOA et de la BOAD. Ce rendez-vous intervient dans un contexte régional marqué par un déficit d’infrastructures de 118 milliards de dollars et une inflation persistante à 15,7%. Il traduit une recherche de nouveaux mécanismes de financement pour les collectivités locales, alors que les États centraux peinent à combler les besoins.
La conférence de Grand-Popo, qui se tient jusqu'au 4 juillet, rassemble élus locaux, experts en financement territorial et représentants institutionnels du Bénin, du Togo, du Burkina Faso, du Mali et du Sénégal. Organisée avec l'appui de Banlieues du Monde, de l'UEMOA, du BIIC et de la BOAD, elle a pour ambition de « réinventer, connecter et coopérer » autour du financement des territoires. Les ateliers portent sur les fondamentaux de la coopération décentralisée, les mécanismes d'alignement avec les Plans de Développement Communal et les Objectifs de Développement Durable, ainsi que sur les outils de financement climatique.
Un contexte régional sous tension
Ce rassemblement intervient dans une période de fragilité macroéconomique pour l'Afrique de l'Ouest. En mai 2026, le dernier rapport de l’Infrastructure Consortium for Africa chiffrait le déficit d'infrastructures de la région à 118 milliards de dollars, tandis que l’inflation atteignait 15,7 % en avril. Dans le même temps, la décision de S&P Global Ratings de relever la note souveraine du Nigeria à « B » avec perspective stable témoigne d’une amélioration de la crédibilité financière de certains États, mais qui ne profite pas encore aux collectivités locales. Ces dernières restent largement dépendantes des transferts centraux et peinent à accéder directement aux marchés de capitaux.
Face à cette impasse, la coopération décentralisée émerge comme une piste pour mobiliser des ressources à l’échelon local. Les tables rondes de Grand-Popo décortiquent les critères d’éligibilité aux fonds de la BOAD, notamment le Fonds Adaptation et le Fonds Climat, et explorent la digitalisation des financements innovants. L’objectif est de traduire les vulnérabilités communales en indicateurs susceptibles de capter des financements internationaux, tout en respectant le cadre légal hérité de la loi de décembre 2005 sur la coopération décentralisée au Bénin.
Le rôle des institutions régionales
L’UEMOA et la BOAD jouent un rôle central dans cette dynamique. Les experts de l’Union, comme Eric Kondia Talardia et Comlan Agbo, animent des sessions sur le montage de dossiers pour les fonds d’adaptation, tandis que les représentants de la BOAD, Moukaila Moubarak et Bakary Abdel-Hafiz, présentent les exigences de la banque. Cette implication institutionnelle signale une volonté d'harmoniser les critères de financement à l'échelle de l'Union, afin de faciliter l'émergence de projets territoriaux bancables.
Une autre dimension notable est la présence du Maroc comme cas d'étude à travers le Fonds FACDI. Ce choix illustre l'intérêt croissant du royaume chérifien pour la coopération décentralisée en Afrique francophone, dans le cadre de sa stratégie d'influence économique. La table ronde dédiée permettra de comparer les expériences marocaines avec celles du Bénin et de la sous-région, ouvrant la voie à des partenariats Sud-Sud.
Évolution temporelle et perspectives
En mai 2026, le sommet Africa Forward réunissait les présidents Tinubu et Mahama autour de la stratégie de santé pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale, tandis que la Banque mondiale lançait ses priorités. Deux mois plus tard, la conférence de Grand-Popo marque un recentrage sur le niveau local, comme si les acteurs régionaux prenaient conscience que les grands programmes étatiques ne suffisent pas. Le timing n’est pas anodin : la hausse des taux d’intérêt et la pression sur les dettes souveraines rendent les financements alternatifs plus attractifs.
Pour le Bénin, l’enjeu est de se positionner comme un laboratoire régional de la coopération décentralisée. Le choix de Grand-Popo, ville frontalière du Togo, souligne la dimension transfrontalière des défis territoriaux. Si les mécanismes discutés aboutissent à des projets concrets, ils pourraient inspirer d’autres pays de l’UEMOA confrontés aux mêmes difficultés de financement communal. Cependant, les obstacles restent nombreux : capacité technique des collectivités, volatilité des financements climatiques, et nécessité d’un alignement politique durable.
Au-delà des ateliers techniques, la conférence de Grand-Popo révèle une tendance lourde : la décentralisation du financement du développement. En contournant partiellement les canaux étatiques, ces nouveaux instruments pourraient redessiner les relations entre pouvoirs centraux et locaux en Afrique de l’Ouest, tout en attirant des partenaires internationaux en quête d’interlocuteurs plus proches du terrain. Reste à savoir si cette approche parviendra à passer de l’expérimentation à l’échelle.
Données de référence : Inflation : 1.1% (FMI) · Inflation : 1.1% (FMI)