Le 28 février 2026, une escalade militaire dans le golfe Persique a déclenché une flambée des prix du pétrole qui, trois mois plus tard, met à nu les fragilités structurelles des économies les moins avancées. Selon un rapport de la CNUCED, 15 des 22 pays les plus exposés à cette hausse sont africains, et parmi eux, plusieurs États d'Afrique de l'Ouest. Derrière le choc conjoncturel se profile une dépendance historique au détroit d'Ormuz et une absence criante d'infrastructures de raffinage, que les investissements récents dans l'énergie n'ont pas encore corrigée.

Infographie — Économie · Afrique de l'Ouest

Une dépendance presque totale aux produits raffinés

Le chiffre est éloquent : 97,8 % des importations nettes de pétrole des 65 économies vulnérables identifiées par la CNUCED sont des produits raffinés, non du brut. Ces pays n'achètent pas de pétrole brut pour le transformer localement, mais de l'essence, du diesel et du fioul prêts à l'emploi, bien plus chers. La raison est simple : ils manquent de raffineries. En Afrique de l'Ouest, seuls le Nigeria et la Côte d'Ivoire disposent d'unités de raffinage, mais celles-ci fonctionnent bien en deçà de leurs capacités en raison d'un entretien insuffisant et d'une vétusté chronique. Le Nigeria, pourtant premier producteur de brut du continent, importe encore la majeure partie de ses carburants, une aberration qui pèse lourdement sur ses finances publiques.

Le détroit d'Ormuz, un goulet d'étranglement vital

Le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, est un point de passage stratégique pour les approvisionnements de l'Afrique de l'Ouest. La fermeture virtuelle du détroit en février 2026 a immédiatement fait grimper les prix du brut et, plus encore, ceux des produits raffinés. Les pays ouest-africains, qui dépendent des raffineries du Moyen-Orient, d'Europe et d'Asie, ont subi une hausse de plus de 50 % du coût de leurs importations de carburant. Cette situation révèle une vulnérabilité que des décennies de politique énergétique n'ont pas su corriger, malgré les projets de barrages hydroélectriques et de parcs solaires qui fleurissent dans la région.

Des économies prises en tenaille

Les conséquences se font sentir sur les équilibres macroéconomiques. La facture pétrolière, qui représentait déjà une part significative des importations totales, a bondi de plus de 0,5 % du PIB pour les pays les plus touchés. Au Togo et au Bénin, par exemple, les subventions aux carburants, déjà coûteuses, sont devenues insoutenables, forçant les gouvernements à les réduire, ce qui alimente l'inflation et pèse sur le pouvoir d'achat. Les transports, l'agriculture mécanisée et l'industrie, tous gros consommateurs de gazole, voient leurs coûts exploser. La croissance économique, déjà fragile, est menacée.

Des investissements énergétiques insuffisamment orientés

Les projets d'infrastructures en cours, comme le barrage de Souapiti en Guinée ou les centrales thermiques au Togo, visent à accroître la production d'électricité, mais ils ne répondent pas à la dépendance pétrolière. L'électrification ne remplace pas le carburant pour les transports et l'industrie lourde. Seule une industrie locale de raffinage pourrait atténuer le choc, mais les projets, telle la raffinerie de Dangote au Nigeria, peinent à voir le jour. Le pacte d'avenir de la CEDEAO, dévoilé en mai 2026, mentionne l'intégration énergétique, mais sans priorité explicite au raffinage, les États resteront exposés.

Une leçon pour la souveraineté économique

Cette crise rappelle que la souveraineté énergétique ne se limite pas à la production d'électricité. Elle passe aussi par la capacité à transformer les ressources brutes. L'Afrique de l'Ouest, riche en pétrole et en gaz, continue d'exporter du brut et d'importer des produits raffinés, perdant ainsi une valeur ajoutée considérable. Les investissements dans les énergies renouvelables sont nécessaires, mais la transition ne se fera pas du jour au lendemain. En attendant, la dépendance au détroit d'Ormuz restera une épée de Damoclès sur les économies de la région.

Au-delà du choc actuel, la crise du détroit d'Ormuz pose la question de la résilience des économies ouest-africaines face aux chocs exogènes. Alors que la CEDEAO cherche à consolider son intégration, cette vulnérabilité structurelle appelle une réflexion urgente sur le modèle de développement énergétique régional, entre exploitation des ressources locales, diversification des sources d'approvisionnement et construction d'infrastructures de raffinage.