Alors que les économies ouest-africaines affichent une croissance soutenue, la persistance du paludisme dans la région francophone constitue un frein structurel souvent sous-estimé. Un récent appel à passer de la lutte à l'élimination de la maladie, relayé par la presse sénégalaise, intervient dans un contexte où les États cherchent à consolider leurs systèmes de santé. Cette évolution sanitaire s'inscrit dans une dynamique plus large de transformation économique et d'intégration régionale.

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L'Afrique de l'Ouest francophone est à un tournant dans sa politique de santé publique. Alors que les stratégies nationales se sont longtemps concentrées sur le contrôle du paludisme, une réflexion émerge pour envisager son élimination à terme. Ce changement de paradigme, porté par des experts et des décideurs, intervient alors que la région enregistre des progrès économiques notables, portés par le Sénégal et la Côte d'Ivoire, dont les croissances respectives dépassent 6 % en 2026. Mais ces performances macroéconomiques pourraient être fragilisées par un fardeau sanitaire qui pèse lourdement sur la productivité et les dépenses publiques.

Le paludisme n'est pas qu'une question de santé publique : c'est un enjeu économique majeur. Selon l'Organisation mondiale de la santé, la maladie coûte chaque année à l'Afrique subsaharienne environ 1,3 % de son PIB, un manque à gagner considérable pour des économies émergentes. En Afrique de l'Ouest, où la transmission est intense, les entreprises, notamment dans les secteurs agricole et minier, voient leur productivité affectée par l'absentéisme et la baisse de capacité des travailleurs. Les ménages, eux, consacrent une part importante de leurs revenus aux soins, réduisant d'autant leur épargne et leur consommation.

Cette situation explique pourquoi des pays comme le Sénégal et la Côte d'Ivoire intègrent désormais la lutte contre le paludisme dans leurs stratégies de développement. Le Sénégal, par exemple, a lancé un plan national d'élimination du paludisme à l'horizon 2030, avec un accent sur la chimioprévention saisonnière et la distribution de moustiquaires imprégnées. La Côte d'Ivoire, de son côté, a renforcé ses campagnes de dépistage et de traitement. Ces initiatives, si elles sont couronnées de succès, pourraient libérer des ressources humaines et financières considérables, réinvestissables dans d'autres secteurs.

Au-delà des frontières nationales, la coordination régionale apparaît comme un levier essentiel. La CEDEAO, dans le cadre de son agenda d'intégration régionale, a fait de la santé une priorité, avec des programmes transfrontaliers de surveillance épidémiologique et de lutte contre les maladies. Le paludisme ne connaît pas les frontières, et les mouvements de populations entre pays voisins compliquent les stratégies d'élimination. Une approche coordonnée, harmonisant les protocoles de traitement et mutualisant les achats de médicaments, pourrait améliorer l'efficacité des interventions et réduire les coûts.

La question du financement demeure néanmoins centrale. Les budgets nationaux alloués à la santé restent souvent en deçà des recommandations de l'OMS, et la dépendance aux bailleurs de fonds internationaux, comme le Fonds mondial, est encore forte. Or, ces financements, bien qu'essentiels, sont parfois volatils et conditionnés à des critères stricts. Les gouvernements ouest-africains, soucieux de leur souveraineté, cherchent à diversifier leurs sources de financement et à renforcer leurs capacités locales de production pharmaceutique, une tendance déjà observable dans le secteur des vaccins.

L'élimination du paludisme représente donc un défi multidimensionnel, qui touche à la fois à la santé, à l'économie et à la gouvernance. Elle exige une vision à long terme et des investissements soutenus, mais aussi une volonté politique affirmée. Les progrès réalisés dans la lutte contre la maladie, avec une baisse significative de la mortalité ces deux dernières décennies, montrent que l'objectif est atteignable. Toutefois, le passage à l'élimination nécessitera de surmonter des obstacles techniques, logistiques et financiers considérables.

Cette dynamique s'inscrit dans un contexte plus large de transformation des économies ouest-africaines, où la santé est de plus en plus perçue comme un investissement productif plutôt qu'un simple poste de dépense. Les pays qui parviendront à réduire le fardeau du paludisme pourraient gagner un avantage compétitif significatif, en attirant davantage d'investissements étrangers et en améliorant la qualité de vie de leurs populations. À l'heure où la région ambitionne de renforcer son intégration économique, la santé publique apparaît comme un pilier fondamental de sa prospérité future.

La lutte contre le paludisme en Afrique de l'Ouest francophone se révèle être un test de la capacité des États à conjuguer santé publique et développement économique. Alors que les économies de la région affichent une croissance dynamique, la persistance de cette maladie endémique rappelle que les progrès macroéconomiques ne sauraient être durables sans une amélioration significative du capital humain. L'élimination du paludisme, si elle est menée à bien, pourrait non seulement sauver des vies, mais aussi libérer un potentiel économique immense, redéfinissant les trajectoires de développement de toute la région. La question demeure de savoir si les gouvernements sauront transformer cette ambition en réalité, dans un environnement où les défis sanitaires, politiques et financiers restent nombreux.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)