Le laboratoire américain Gilead a conclu un accord de principe pour la production générique du lenacapavir, un traitement injectable contre le VIH administré deux fois par an, en Afrique du Sud. Parallèlement, Moderna lance la phase 1 d’un vaccin ARN messager contre le VIH. Ces annonces, faites lors du sommet Africa Forward à Nairobi, relancent le débat sur la souveraineté sanitaire en Afrique, en particulier pour les pays de la CEDEAO et de l’UEMOA, où l’accès aux traitements antirétroviraux reste inégal et dépendant des importations.

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Une avancée thérapeutique majeure pour le continent Le lenacapavir, développé par Gilead, représente un progrès considérable dans la lutte contre le VIH. Ce traitement injectable, qui ne nécessite qu’une administration tous les six mois, réduit de 99,9 % le risque de transmission. Sa discrétion est un atout majeur pour les femmes, souvent stigmatisées par la prise quotidienne d’une pilule. L’accord avec le gouvernement sud-africain pour une production locale de génériques devrait permettre de réduire les coûts et d’améliorer l’accès sur le continent.

Le défi de la production locale en Afrique L’annonce de Philippe Duneton, directeur exécutif d’Unitaid, lors du sommet Africa Forward, souligne un tournant : « investir dans la production régionale en Afrique des médicaments est absolument indispensable ». La pandémie de Covid-19 a révélé la vulnérabilité du continent, dépendant des importations. Si la production sud-africaine est une première étape, elle pose la question de la dissémination dans d’autres régions, notamment en Afrique de l’Ouest. Les pays de la CEDEAO et de l’UEMOA disposent de marchés pharmaceutiques fragmentés et d’infrastructures industrielles limitées.

Quelles retombées pour l’Afrique de l’Ouest ? Pour l’instant, l’accord de Gilead se concentre sur l’Afrique du Sud. Les pays ouest-africains devront négocier des licences ou des achats en gros. La disponibilité du lenacapavir pourrait transformer la prise en charge du VIH dans la région, où le nombre de nouvelles infections reste élevé. Toutefois, le délai de production – un à deux ans – et les obstacles logistiques (chaîne du froid, distribution) limitent l’impact à court terme. La création d’un marché régional harmonisé, via l’harmonisation des réglementations et l’investissement dans des unités de production, est un préalable.

Un enjeu de souveraineté sanitaire Au-delà du VIH, cette dynamique illustre une volonté d’autonomie pharmaceutique. Le succès du lenacapavir en Afrique du Sud pourrait catalyser des projets similaires en Afrique de l’Ouest, notamment via l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS) ou la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). Les annonces de Moderna sur un vaccin ARN messager contre le VIH, bien que préliminaires, renforcent l’espoir d’innovations accessibles. Mais sans transfert de technologie et financements locaux, le risque de dépendance persiste.

L'accord sur le lenacapavir ouvre une brèche dans le modèle historique de dépendance pharmaceutique de l'Afrique. Pour l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu est désormais de capitaliser sur cette dynamique pour bâtir une industrie locale résiliente, capable de répondre aux priorités sanitaires régionales, du VIH aux maladies non transmissibles.