Le 11 juin 2026, Sidaction a présenté les premiers résultats du projet RaDAR, visant à rattraper le dépistage du VIH chez les 0-15 ans en Afrique de l'Ouest. Cette initiative, cofinancée par l'AFD, intervient dans un contexte où les pays de la zone UEMOA doivent concilier leurs engagements sociaux avec les pressions sur leurs finances publiques. La Côte d'Ivoire et le Togo, pays pilotes, sont aussi ceux qui ont récemment eu recours aux marchés financiers régionaux pour couvrir leurs besoins budgétaires, tandis que la restructuration de la dette ghanéenne rappelle la fragilité de la région.
Santé infantile & dette souveraine
Le pari du dépistage pédiatrique du VIH en Afrique de l’Ouest
- • Restructuration au Ghana
- • Emprunts UEMOA (Côte d’Ivoire, Togo)
- • Arbitrages budgétaires sévères
- • Dépistage VIH 0-15 ans lacunaire
- • Projet RaDAR (Sidaction + AFD)
- • « Rattrapage » communautaire
Concilier engagements sociaux et pression des créanciers
Données issues des analyses budgétaires régionales — l’équilibre reste précaire.
Source : Cauris · Juillet 2026
Le projet RaDAR montre qu’un dépistage communautaire du VIH chez les 0-15 ans est efficace, mais il révèle aussi les arbitrages douloureux entre santé infantile et contraintes de la dette souveraine. La Côte d’Ivoire et le Togo, pays pilotes, sont en première ligne.
Un dépistage pédiatrique encore lacunaire
En Afrique de l'Ouest, l'offre de dépistage du VIH chez les enfants de 0 à 15 ans reste très insuffisante. Le projet RaDAR, coordonné par Sidaction avec l'appui de l'Agence française de développement (AFD), cherche à combler ce vide en impliquant des acteurs associatifs dans une démarche de « rattrapage » des opportunités manquées. Les premiers résultats, présentés le 11 juin 2026, montrent que cette approche communautaire permet d'identifier des enfants infectés qui, sans cela, resteraient invisibles pour le système de santé. Mais au-delà de l'innovation sanitaire, ce projet éclaire les choix d'allocation des ressources dans une région où la dette souveraine pèse lourdement sur les budgets publics.
Dette et santé : des arbitrages sous tension
Les pays d'Afrique de l'Ouest sont confrontés à une double contrainte : d'un côté, la nécessité de maintenir des services de santé de base, de l'autre, la pression des créanciers pour réduire les déficits. En mai 2026, plusieurs signaux confirment cette tendance. Au Ghana, la restructuration de la dette a imposé des sacrifices aux épargnants, tandis que la Guinée-Bissau levait 15 milliards de FCFA sur le marché financier de l'UMOA pour ses besoins budgétaires. Ces opérations, gérées par UMOA-Titres, montrent que les États recourent de plus en plus aux marchés régionaux pour financer leurs dépenses courantes, au risque de réduire la marge de manœuvre pour des investissements sociaux comme la santé infantile.
Dans ce contexte, le financement du projet RaDAR par l'AFD prend une signification particulière. L'agence, dirigée depuis janvier 2025 par Sandra Kassab pour la région Afrique, a mobilisé près de 5,5 milliards d'euros sur le continent en 2024. Mais ces flux restent ciblés et ne compensent pas toujours les coupes budgétaires nationales. Le projet RaDAR, bien que modeste en volume, illustre une tendance plus large : le recours à des partenariats public-privé et à des financements extérieurs pour maintenir des programmes de santé essentiels, pendant que les États peinent à dégager des ressources internes.
Capital humain et croissance : le lien négligé
L'absence de dépistage précoce du VIH chez les enfants a des conséquences lourdes : progression rapide de la maladie, décès prématurés, mais aussi transmission du virus à l'adolescence. En termes économiques, cela se traduit par une perte de capital humain qui hypothèque la croissance future. Les enfants non traités auront une espérance de vie réduite et des capacités productives limitées. Dans une région où la démographie est jeune, l'investissement dans la santé infantile est un levier de développement à long terme souvent sous-estimé face aux urgences budgétaires.
La Côte d'Ivoire et le Togo, pays pilotes de RaDAR, sont des économies dynamiques mais vulnérables. La Côte d'Ivoire, premier émetteur d'eurobonds de la zone UEMOA, a vu ses spreads s'élargir en 2025-2026, reflétant les inquiétudes des investisseurs sur sa soutenabilité budgétaire. Le Togo, quant à lui, bénéficie de l'appui du FMI mais doit faire face à des besoins sociaux importants. Dans ce cadre, le choix de financer un programme de dépistage pédiatrique par l'aide bilatérale plutôt que par le budget national révèle les priorités implicites des gouvernements.
Une approche communautaire comme modèle d'efficience
L'originalité de RaDAR réside dans son pilotage associatif : des acteurs communautaires sont formés pour « aller vers » les enfants dans les centres de santé, identifiant ceux qui ont échappé au dépistage. Cette méthode, moins coûteuse qu'une campagne massive, pourrait être reproduite dans d'autres pays de la région. Elle répond à une logique de maximisation de l'impact avec des ressources limitées, ce qui est précisément ce que recherchent les bailleurs de fonds dans un environnement de resserrement fiscal.
Pourtant, cette approche n'est pas une solution miracle. Elle dépend de la disponibilité des antirétroviraux et de la pérennité du financement externe. Or, les signaux récents du marché obligataire ouest-africain suggèrent une volatilité persistante. Les emprunts de la Guinée-Bissau et les discussions sur la restructuration de la dette ghanéenne indiquent que la contrainte budgétaire va perdurer, rendant d'autant plus crucial le rôle des partenaires internationaux comme l'AFD.
Vers une régionalisation des politiques de santé ?
L'enjeu dépasse les frontières nationales. Le VIH pédiatrique ne connaît pas de barrières, et les déplacements de population dans l'espace CEDEAO rendent nécessaire une coordination régionale. Le projet RaDAR, bien que bilatéral, pourrait inspirer une approche commune UEMOA, d'autant que les marchés financiers régionaux offrent des opportunités de financement. Mais pour l'instant, les priorités des trésors publics restent dominées par le paiement de la dette et les dépenses régaliennes.
La session scientifique du 11 juin 2026 a montré que des solutions existent, à condition que les décideurs politiques reconnaissent le lien entre santé infantile et prospérité future. Alors que la zone UEMOA prépare une nouvelle émission obligataire groupée, le débat sur l'affectation des ressources n'a jamais été aussi crucial.
Le projet RaDAR n'est qu'une pièce d'un puzzle plus vaste : celui de la capacité des États ouest-africains à investir dans leur capital humain tout en gérant leur endettement. Alors que les marchés financiers régionaux montent en puissance, la question se pose de savoir si les levées de fonds serviront à financer des programmes sociaux ou à boucher des trous budgétaires. La réponse déterminera en partie la trajectoire de développement de la région.