Les ministres de l’Industrie et du Commerce du Burkina Faso, du Mali et du Niger se sont réunis à Ouagadougou pour accélérer l’intégration économique de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette rencontre marque un passage des engagements politiques à une mise en œuvre concrète, avec trois priorités : l’industrialisation endogène, la facilitation du commerce intra-confédération et l’harmonisation des réglementations. Elle s’inscrit dans une dynamique où les trois pays cherchent à réduire leur dépendance aux exportations de matières premières brutes.

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Les trois piliers de l’intégration aesienne

Le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a donné le ton en insistant sur la nécessité de passer « des déclarations politiques aux actions concrètes ». Les discussions ont abouti à trois axes stratégiques. Le premier, l’industrialisation endogène, vise à transformer localement les ressources minières (or, uranium, phosphate) et agricoles, rompant avec un modèle historique d’exportation brute. Le deuxième axe concerne la fluidification des échanges entre les trois États, un enjeu majeur alors que le commerce intra-africain ne représente qu’environ 15 % des exportations totales du continent, selon Afreximbank. Le troisième pilier porte sur l’harmonisation des réglementations commerciales pour protéger les industries naissantes contre la concurrence déloyale et la fraude.

Un contexte favorable mais des défis persistants

Cette réunion survient après des sessions d’experts préparatoires les 13 et 14 juin, qui ont évalué les recommandations antérieures. Le Mali, représenté par son ministre Moussa Alassane Diallo, a plaidé pour une préférence nationale renforcée dans les marchés publics et pour la promotion des produits locaux. Ces mesures visent à créer un environnement commercial protégé, essentiel pour des économies encore fragiles. Toutefois, le défi de la transformation locale reste immense : le Burkina Faso et le Mali figurent parmi les premiers producteurs d’or d’Afrique, mais la quasi-totalité du minerai est exportée brute. De même, le Niger possède d’importants gisements d’uranium, mais peine à développer une filière de valorisation locale.

L’AES, née en septembre 2023 de la volonté des trois pays de se démarquer de la CEDEAO, cherche aujourd’hui à bâtir un espace économique souverain. Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large de recomposition régionale, où les États sahéliens tentent de conjuguer indépendance politique et intégration économique. Les discussions de Ouagadougou montrent que les dirigeants ont pris la mesure du chemin à parcourir, mais aussi qu’ils entendent le parcourir rapidement. La mise en œuvre de ces décisions sera déterminante pour l’avenir de la Confédération.

Au-delà des annonces, cette réunion illustre un glissement progressif du projet AES vers une logique économique plus concrète. Reste à savoir si les obstacles historiques – infrastructures défaillantes, faible diversification, dépendance aux marchés extérieurs – pourront être surmontés. La réussite de cette intégration conditionnera non seulement la prospérité des trois pays, mais aussi l’équilibre géopolitique de l’Afrique de l’Ouest.