Le 19 mai 2026, deux annonces venues de Côte d’Ivoire et du Togo illustrent les stratégies contrastées mais convergentes d’intégration régionale en Afrique de l’Ouest. À Abidjan, le ministre Sidi Tiémoko Touré lance une tournée américaine pour promouvoir le Salon des ressources animales et halieutiques (SELAB), tandis que Lomé supprime le visa d’entrée pour tous les ressortissants africains. Ces initiatives, l’une tournée vers l’extérieur, l’autre vers l’intérieur du continent, redessinent les contours de la diplomatie économique ouest-africaine.

Infographie — Économie · Côte d'Ivoire

**Une offensive économique ivoirienne aux États-Unis** Sidi Tiémoko Touré, ministre ivoirien des Ressources animales et halieutiques, a entamé ce 19 mai une mission de cinq jours aux États-Unis. Son agenda le mène de la Louisiane au Texas, avec une étape à Washington, pour promouvoir le SELAB, prévu en novembre à Abidjan. Cette tournée s’inscrit dans une stratégie de diplomatie économique visant à positionner la Côte d’Ivoire comme hub régional pour les secteurs de la pêche et de l’élevage. Le choix des États-Unis n’est pas anodin : le pays cherche à diversifier ses partenariats au-delà des liens historiques avec l’Europe, tout en ciblant des investisseurs privés et des institutions financières capables d’appuyer la transformation locale des produits halieutiques. Cette approche reflète la volonté d’Abidjan de capter des capitaux extérieurs pour moderniser une filière encore largement informelle.

**Le geste symbolique du Togo pour la libre circulation** Le même jour, le Togo annonçait la suppression du visa d’entrée pour tous les Africains, rejoignant ainsi le Bénin, le Rwanda, la Gambie et les Seychelles dans le cercle très restreint des États appliquant la libre circulation totale sur le continent. Pour Lomé, la décision est à la fois politique et économique. Elle ancre le pays dans l’agenda de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et renforce son rôle de carrefour régional. Le port de Lomé, hub logistique majeur du golfe de Guinée, et son aéroport, plaque tournante pour plusieurs compagnies régionales, bénéficieront directement d’une fluidification des déplacements des hommes d’affaires, des commerçants et des étudiants.

**Deux visions complémentaires de l’intégration** Si les deux annonces paraissent de nature différente – l’une vise à attirer des investisseurs extra-africains, l’autre à faciliter la mobilité intra-africaine – elles participent d’un même mouvement : la redéfinition de l’intégration régionale ouest-africaine. La Côte d’Ivoire mise sur le rayonnement extérieur pour renforcer sa compétitivité, tandis que le Togo mise sur la connectivité interne pour devenir une plateforme logistique incontournable. Ces stratégies ne sont pas exclusives : Abidjan bénéficie elle aussi du réseau portuaire ouest-africain et pourrait à terme suivre l’exemple togolais sur la libre circulation.

**Un contexte régional marqué par les défis sécuritaires et économiques** Ces initiatives interviennent dans un climat régional tendu, où les projets d’intégration peinent à se concrétiser. La CEDEAO, affaiblie par les sorties du Mali, du Burkina Faso et du Niger, voit sa capacité à imposer la libre circulation remise en cause. Le geste du Togo, qui applique un principe pourtant inscrit dans les traités de la CEDEAO, prend une dimension politique forte : il rappelle que la libre circulation des personnes reste un idéal loin d’être réalisé. De son côté, la Côte d’Ivoire, avec sa croissance économique soutenue, cherche à préserver son attractivité dans un environnement concurrentiel où les investissements directs étrangers se raréfient.

**Des signaux pour l’avenir de l’intégration ouest-africaine** Ces deux annonces du 19 mai 2026 ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans une séquence où plusieurs pays ouest-africains multiplient les initiatives pour contourner les lenteurs institutionnelles. Le Sénégal, par exemple, a récemment lancé un corridor numérique pour faciliter le commerce transfrontalier. La décision togolaise, comme la tournée ivoirienne, témoignent d’une volonté de pragmatisme : plutôt que d’attendre une harmonisation régionale, les États actionnent les leviers à leur disposition.

Ces deux événements, a priori distincts, révèlent une même aspiration : faire de l’intégration régionale un levier de développement concret, qu’elle passe par la circulation des personnes ou par l’attraction des capitaux. Reste à savoir si ces efforts unilatéraux suffiront à compenser les fragilités collectives de la CEDEAO et à préparer le terrain pour une véritable convergence économique ouest-africaine.