Le 24 juillet 2026, le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie a confirmé que la future deuxième raffinerie du pays sera construite à San Pedro, dans le sud-ouest, avec une capacité de 170 000 barils par jour. Cette annonce met un terme à plus d’un an de spéculations et précise les contours d’un projet qui s’inscrit dans la Politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie (PIRME), un programme colossal de 38 000 milliards de FCFA. Alors que le mémorandum d’entente avec l’américain Yaatra Ventures remonte à mai 2025, le choix de San Pedro plutôt qu’Abidjan révèle des enjeux fonciers, logistiques et stratégiques qui redessinent la carte énergétique ouest-africaine.

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Plus d’un an après la signature d’un protocole d’accord entre la Société ivoirienne de raffinage (SIR) et la firme américaine Yaatra Ventures, la Côte d’Ivoire lève le voile sur les détails clés de son projet de deuxième raffinerie. Confirmée le 24 juillet 2026 à Yamoussoukro, l’implantation à San Pedro, dans le sud-ouest du pays, représente un changement de cap notable par rapport aux premières hypothèses qui privilégiaient Abidjan ou sa périphérie. La capacité annoncée – 170 000 barils par jour, soit près de trois fois celle de la SIR – positionne cette infrastructure comme un pilier de la stratégie énergétique ivoirienne à l’horizon 2040.## Pourquoi San Pedro plutôt qu’Abidjan ?Le choix de San Pedro n’est pas anodin. Si Abidjan concentre l’essentiel des infrastructures pétrolières existantes, la disponibilité foncière y est devenue un obstacle majeur. San Pedro, deuxième port du pays, offre un accès direct à l’océan Atlantique et des espaces disponibles pour un complexe de cette envergure. Cette localisation permet également de désengorger la capitale économique et de développer un pôle industriel dans l’ouest du pays, en cohérence avec la politique d’aménagement du territoire. Le port de San Pedro, déjà spécialisé dans l’exportation de cacao et de minerais, pourrait ainsi se diversifier vers les hydrocarbures, renforçant son rôle de hub logistique régional.## Un projet adossé à un programme de 38 000 milliards de FCFALa raffinerie s’inscrit dans le cadre de la Politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie (PIRME), un programme ambitieux dont 88 % du financement proviendrait du secteur privé. Ce modèle de partenariat public-privé, rare à une telle échelle dans le secteur pétrolier africain, traduit une volonté de l’État de partager les risques tout en conservant un rôle de régulateur. L’investissement initial, estimé à plus de 3 000 milliards de FCFA (5 milliards de dollars) lors de la signature du MoU avec Yaatra Ventures, pourrait être revu à la hausse compte tenu des ajustements techniques et logistiques. Le calendrier, fixé « avant 2040 », laisse une marge de manœuvre mais soulève aussi des questions sur le rythme de mise en œuvre, dans un contexte où les financements climatiques et les transitions énergétiques pourraient modifier les priorités des investisseurs.## Enjeux géopolitiques et régionauxLe partenariat avec Yaatra Ventures, entreprise américaine, n’est pas neutre. Il intervient dans un contexte de recomposition des alliances énergétiques en Afrique de l’Ouest, où la Chine et les pays du Golfe sont traditionnellement présents. L’implication des États-Unis dans le raffinage ivoirien pourrait signaler une volonté de sécuriser des approvisionnements alternatifs pour l’Europe, dans un marché pétrolier mondial en pleine mutation. Par ailleurs, la capacité de 170 000 barils/jour dépasse largement les besoins domestiques ivoiriens (estimés à environ 70 000 barils/jour), ce qui ouvre des perspectives d’exportation de produits raffinés vers les pays de l’UEMOA et au-delà. La Côte d’Ivoire pourrait ainsi devenir un hub régional de raffinage, concurrençant les raffineries existantes au Nigeria et au Ghana, mais souvent sous-capacitaires. Cette ambition s’inscrit dans une tendance plus large de souveraineté énergétique prônée par plusieurs États ouest-africains.## Un calendrier long mais réaliste ?La date butoir de 2040 peut sembler lointaine, mais elle reflète la complexité du projet : études d’impact, acquisition foncière, financement, construction et mise en service. La PIRME, qui couvre également les mines et les énergies renouvelables, suppose une coordination interministérielle rare dans la région. Si le modèle de financement privé est validé, il faudra convaincre des investisseurs souvent réticents face aux risques de dépassement de coûts et de délais dans les grands projets africains. L’exemple de la raffinerie de Dangote au Nigeria, inaugurée après des années de retard, rappelle que ces chantiers sont rarement linéaires. Néanmoins, la clarification du site et du calendrier est un signal positif pour les parties prenantes.

Au-delà de la simple construction d’une infrastructure, le projet de deuxième raffinerie à San Pedro illustre une stratégie ivoirienne plus large : combiner attractivité pour les investisseurs privés, diversification économique et affirmation régionale. Alors que les négociations climatiques mondiales et les fluctuations des prix du pétrole pourraient modifier la donne, la Côte d’Ivoire mise sur le long terme. Reste à savoir si l’échéance 2040 permettra de maintenir l’intérêt des partenaires américains et privés dans un monde qui se tourne progressivement vers les énergies décarbonées. San Pedro pourrait bien devenir le symbole d’un équilibre délicat entre dépendance aux hydrocarbures et transition énergétique.