Les Pays-Bas s'engagent à injecter 196 milliards FCFA dans les infrastructures maritimes ivoiriennes, via un mémorandum signé en 2023. Cette mission économique de haut niveau, du 20 au 24 avril 2026, vise à moderniser les ports d'Abidjan et San Pedro dans le cadre du Plan national de développement 2026-2030. Au-delà du montant, ce partenariat révèle la volonté d'Abidjan de verrouiller sa position de hub régional face à la concurrence croissante de Tema (Ghana) et Dakar (Sénégal).

L'annonce de ce financement néerlandais intervient dans un contexte de compétition accrue pour le trafic maritime en Afrique de l'Ouest. La Côte d'Ivoire, qui ambitionne de devenir le principal hub de la sous-région, doit composer avec l'émergence du port de Tema au Ghana, modernisé avec l'aide de la Chine, et les ambitions du nouveau port de Ndayane au Sénégal, soutenu par Dubaï. En ciblant huit projets structurants – construction du port de pêche de San Pedro, protection côtière de Port-Bouët et Grand-Bassam, gares lagunaires, bateaux-bus, assainissement à Vridi – Abidjan cherche à répondre à deux défis majeurs : la pression sur les infrastructures existantes et la vulnérabilité climatique du littoral.

Le choix des Pays-Bas comme partenaire n'est pas anodin. Historiquement spécialisés dans la gestion de l'eau et les infrastructures portuaires, les Néerlandais apportent une expertise technique pointue en dragage et ingénierie portuaire. La mission, conduite par l'ambassadeur Jeroen Kelderhuis, a réuni huit grandes entreprises néerlandaises, signe d'une approche intégrée alliant financement, construction et maintenance. Pour la Côte d'Ivoire, ce partenariat permet de diversifier ses sources de financement, traditionnellement dominées par la Chine et la France, et d'accéder à des technologies de pointe pour la protection côtière, enjeu crucial face à l'érosion qui menace les zones urbaines et industrielles.

Ce plan s'inscrit dans une logique de mise à niveau globale du corridor maritime ivoirien. Le port d'Abidjan, qui concentre 90 % du trafic maritime du pays, souffre de congestion chronique et doit être modernisé pour accueillir des navires de plus grand tirant d'eau. Le projet de port en eau profonde de San Pedro, dédié à l'exportation du cacao et des minerais, vise à désengorger Abidjan et à développer le sud-ouest du pays. Les gares lagunaires et bateaux-bus, quant à eux, répondent à un besoin de mobilité urbaine à Abidjan, où la lagune joue un rôle clé dans les transports.

Yacouba Hien Sié, ministre des Infrastructures, a appelé à renforcer la collaboration avec les entreprises locales, suggérant une volonté de transfert de compétences et de création d'un écosystème portier national. Ce volet est stratégique : sans un tissu local capable d'assurer la maintenance et l'exploitation, ces investissements risquent de créer une dépendance technologique. La remise de deux études stratégiques lors de la mission indique que les Néerlandais cherchent à ancrer leur présence sur le long terme, au-delà du simple financement de projets.

Au niveau régional, ce montant de 196 milliards FCFA place la Côte d'Ivoire en position de force. Le Ghana a certes bénéficié de 1,3 milliard de dollars de la Chine pour son port de Tema, mais les retards et les surcoûts ont terni l'opération. Le Sénégal, avec le port de Ndayane (1,1 milliard d'euros), mise sur un partenariat avec DP World, mais le projet n'en est qu'à ses débuts. Abidjan, avec une approche plus échelonnée et un partenaire européen reconnu, pourrait capitaliser sur sa stabilité politique et sa position géographique centrale pour attirer les compagnies maritimes internationales.

Toutefois, des fragilités subsistent. La Côte d'Ivoire doit encore améliorer la gouvernance de ses ports, souvent critiquée pour son opacité, et former les ressources humaines nécessaires. La concurrence de Tema et Dakar ne faiblit pas, et les armateurs pourraient arbitrer en fonction des coûts et de l'efficacité. Enfin, le financement de 196 milliards FCFA ne couvre qu'une partie des besoins : le PND 2026-2030 prévoit des investissements bien plus importants dans les transports.

Cet engagement néerlandais s'inscrit dans une recomposition plus large des partenariats en Afrique de l'Ouest, où les puissances traditionnelles (France, Chine) cèdent du terrain face à des acteurs comme les Pays-Bas ou les Émirats, spécialisés dans des créneaux précis. La bataille du hub maritime se jouera sur trois terrains : la capacité à offrir des infrastructures modernes, une gouvernance transparente et des connexions terrestres efficaces. La Côte d'Ivoire a pris une longueur d'avance, mais la concurrence régionale reste vive.