Le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Kalil Konaté, a inspecté le 17 juin 2026 le site de la future Zone Économique Spéciale (ZES) d’Adzopé, dans la région de la Mé. À terme, ce projet de 432 hectares devrait mobiliser près de 225 milliards de FCFA d’investissements et générer environ 51 000 emplois, confirmant la volonté du gouvernement ivoirien de faire de l’industrialisation un levier central de sa croissance. Cette visite intervient dans un contexte où la Côte d’Ivoire cherche à accélérer sa transformation structurelle, alors que le Ghana sort d’un programme du FMI et que la compétition régionale pour attirer les capitaux s’intensifie.

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Une infrastructure pensée pour l’intégration locale

La ZES d’Adzopé s’inscrit dans une stratégie de décentralisation industrielle, visant à équilibrer le développement entre Abidjan et l’intérieur du pays. Située à une soixantaine de kilomètres de la capitale économique, la zone bénéficiera d’infrastructures énergétiques pilotées par CI-Énergies, acteur clé de la filière électrique ivoirienne. Au-delà de l’emploi direct, le projet promet de valoriser les matières premières locales et de renforcer le tissu industriel dans une région jusqu’ici peu industrialisée.

Un maillon de la politique industrielle de Ouattara

L’initiative prolonge la vision du président Alassane Ouattara d’une « industrialisation inclusive et compétitive », déjà déclinée à travers les pôles de Kossou, Abidjan et Korhogo. Avec la ZES d’Adzopé, le gouvernement cible à la fois les industries légères (agroalimentaire, textile) et les secteurs à plus forte valeur ajoutée, comme la transformation du caoutchouc ou du cacao. Le choix de la région de la Mé n’est pas anodin : elle dispose d’un bassin agricole dynamique et d’un accès aux corridors routiers reliant Abidjan à l’hinterland.

Le défi régional : concurrence et complémentarité

Dans l’espace CEDEAO, la Côte d’Ivoire n’est pas seule à miser sur les zones économiques spéciales. Le Ghana, avec sa ZES de Tema, et le Sénégal, avec le parc de Diamniadio, affichent des ambitions similaires. Mais la sortie récente du Ghana du programme de Facilité élargie de crédit du FMI pourrait redessiner la carte des investissements : les opérateurs en quête de stabilité pourraient se tourner vers Abidjan, qui affiche une croissance soutenue et une dette publique maîtrisée. Parallèlement, la Côte d’Ivoire cherche à attirer des capitaux dans le numérique, comme l’a montré le salon des téléphones mobiles d’Abidjan en mai 2026. La ZES d’Adzopé pourrait ainsi accueillir des unités d’assemblage de composants électroniques, renforçant la synergie entre industrie et digital.

Des obstacles à surmonter

Malgré l’enthousiasme officiel, le projet devra relever plusieurs défis. La mobilisation des 225 milliards de FCFA suppose un montage financier robuste, mêlant fonds publics et privés. La disponibilité en énergie, bien qu’améliorée, reste une contrainte récurrente en Côte d’Ivoire, avec des coupures ponctuelles. Enfin, l’acquisition foncière sur 432 hectares a déjà suscité des tensions locales, rappelant l’importance d’un dialogue transparent avec les communautés riveraines. Le gouvernement insiste sur la création d’emplois durables, mais la qualification de la main-d’œuvre locale devra être renforcée.

Une vision à long terme

Au-delà des chiffres annoncés, la ZES d’Adzopé incarne la ferme intention de la Côte d’Ivoire de sortir du schéma traditionnel exportateur de matières premières. En attirant des industries transformatrices, le pays espère capter davantage de valeur ajoutée et réduire sa vulnérabilité aux chocs des cours mondiaux. Le timing du projet, en milieu d’année 2026, intervient alors que les échanges régionaux se dynamisent sous l’impulsion de la ZLECAf, offrant un marché élargi aux productions ivoiriennes.

La ZES d’Adzopé illustre une tendance lourde en Afrique de l’Ouest : la course à l’industrialisation par les zones franches. Cette compétition, si elle est bien menée, peut stimuler l’emploi et l’intégration régionale, mais elle pose aussi la question de la soutenabilité sociale et environnementale des modèles. Dans un contexte où le Ghana se réajuste et où le Sénégal accélère, la Côte d’Ivoire joue une carte décisive pour son avenir économique.