Le 7 juillet 2026, le gouvernement ivoirien et le groupe B5 Plus, géant sidérurgique ghanéen, ont signé un mémorandum d’entente de 110 milliards FCFA pour construire une aciérie et une usine pharmaceutique. Cet investissement, l’un des plus importants de l’année dans le secteur manufacturier, intervient dans un contexte de sortie du Ghana du programme du FMI et de révision du Plan national de Développement 2026-2030. Il pose avec acuité la question de la complémentarité industrielle au sein de la CEDEAO.

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Un investissement aux doubles retombées

Le mémorandum, paraphé par le ministre ivoirien du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Ibrahim Kalil Konaté, et le PDG de B5 Plus, Mukesh Thakwani, prévoit deux volets : une aciérie avec laminoir et une unité pharmaceutique. L’enveloppe de 110 milliards FCFA – environ 167 millions d’euros – en fait l’un des plus gros investissements directs étrangers annoncés en Côte d’Ivoire depuis le début de l’année. Au-delà des milliers d’emplois promis, le projet vise à réduire les importations d’acier et de médicaments, deux postes qui grèvent la balance commerciale ivoirienne.

Une signature dans le sillage du PND 2026-2030

L’accord s’inscrit dans la stratégie de transformation structurelle de l’économie ivoirienne, encore dominée par les matières premières agricoles. Le Plan national de Développement 2026-2030, en cours de consultation, met l’accent sur l’industrialisation et la diversification. La signature intervient deux mois après le Africa CEO Forum de Kigali, où le Premier ministre Beugré Mambé avait invité les opérateurs à faire de la Côte d’Ivoire une destination privilégiée. Entre mai et juillet, la machine diplomatique et administrative s’est mise en branle pour concrétiser ces appels.

Le contexte régional : sortie du Ghana du FMI et réorganisation des chaînes de valeur

Le choix de B5 Plus est significatif. Basé au Ghana, le groupe est l’un des plus grands fabricants de produits sidérurgiques d’Afrique de l’Ouest, avec plus de 4 000 références et 10 000 emplois. Son implantation en Côte d’Ivoire confirme l’intégration économique entre les deux pays, renforcée par la sortie du Ghana du programme de Facilité élargie de crédit du FMI en mai 2026. Cette stabilité retrouvée rassure les investisseurs et ouvre la voie à des synergies transfrontalières. L’investissement reflète une tendance lourde : les champions nationaux ouest-africains cherchent à conquérir les marchés voisins pour mutualiser leurs capacités de production.

Un test pour la complémentarité industrielle régionale

Ce projet pose la question de la complémentarité entre les économies de la CEDEAO face aux ambitions de transformation structurelle. Alors que la Côte d’Ivoire cherche à capter les capitaux pour diversifier son économie, le Ghana, après son programme FMI, retrouve une capacité d’investissement. L’arrivée de B5 Plus illustre une dynamique où les frontières s’effacent au profit de chaînes de valeur régionales. Mais ce schéma suppose une harmonisation des politiques industrielles et une facilitation des échanges que l’organisation régionale peinent à garantir.

Au-delà de l’effet d’annonce, cet investissement sera scruté comme un indicateur de la capacité des États ouest-africains à construire une industrialisation intégrée, loin des logiques de compétition stérile. Il ouvre la voie à d’autres opérations similaires, à condition que les infrastructures et le cadre réglementaire suivent.