Le gouvernement ivoirien a reçu une délégation du groupe Ivoire Acier et du groupe B5, porteuse d'un programme d'investissement de 110 milliards de francs CFA pour construire une aciérie de dernière génération et renforcer la production pharmaceutique. Ce projet marque une étape décisive dans la stratégie d'industrialisation du pays, visant à réduire la dépendance aux importations de métallurgie et de médicaments. Il s'inscrit dans une dynamique régionale où plusieurs États ouest-africains cherchent à accroître leur autonomie productive.
Acier + vaccins : le double pari industriel
Le gouvernement ivoirien mise sur 110 milliards FCFA pour construire une aciérie nouvelle génération et renforcer la production pharmaceutique. Deux secteurs clés pour réduire la dépendance aux importations.
- • Laminoir au PK24
- • Fer à béton & produits métallurgiques
- • Marché national + CEDEAO
- • Renforcement production locale
- • Vaccins : quasi 100 % importés
- • Leçon de la Covid-19
Contexte économique
Selon la Banque mondiale
Calendrier du projet
Annonce officielle du programme 110 milliards FCFA
Construction aciérie PK47 + laminoir PK24
Montée en cadence production pharmaceutique (vaccins)
L'annonce faite le 19 juin 2026 confirme un changement d'échelle dans la politique industrielle ivoirienne. Les deux volets du programme — acier et pharmacie — répondent à des besoins criants. La Côte d'Ivoire importe encore l'essentiel de son acier, notamment pour le bâtiment et les infrastructures, alors que la demande intérieure explose avec les grands chantiers (Abidjan, transports, logement). Parallèlement, le secteur pharmaceutique local ne couvre qu'une fraction des besoins, et les vaccins sont presque entièrement importés. La crise sanitaire de la Covid-19 a révélé la vulnérabilité de la région en la matière.
Le volet métallurgique : une aciérie au PK47
L'aciérie prévue au PK47, dans la zone industrielle développée par ARISE Côte d'Ivoire, sera équipée d'un laminoir au PK24. Elle produira du fer à béton et des produits métallurgiques destinés au marché national et aux pays de la CEDEAO. Cette localisation stratégique permet de bénéficier des infrastructures logistiques et des zones franches. Le choix d'ARISE, partenaire de plusieurs projets industriels en Afrique, garantit un cadre intégré (énergie, eau, routes). À terme, l'usine pourrait réduire de 30 à 40 % les importations de produits métallurgiques, selon les estimations des promoteurs.
La souveraineté pharmaceutique en ligne de mire
Le second volet concerne la production de médicaments et de vaccins. Le groupe B5, spécialisé dans la pharmacie, prévoit d'implanter une unité de fabrication conforme aux normes OMS. L'objectif est de couvrir une partie des besoins nationaux en médicaments essentiels et de produire des vaccins pour le marché régional. Ce projet s'aligne avec la stratégie de l'Union africaine pour la fabrication locale de produits pharmaceutiques, qui vise à réduire la dépendance à l'égard de l'Inde et de la Chine.
Emplois et transfert de compétences
Les promoteurs annoncent plusieurs milliers d'emplois directs et indirects. Le transfert de technologies est au cœur du projet : les entreprises prévoient d'associer des ingénieurs ivoiriens à la conception et à la maintenance. Cela nécessite toutefois un effort de formation technique, que le gouvernement compte soutenir via des partenariats avec les écoles d'ingénieurs.
Contexte régional et concurrentiel
Ce projet intervient alors que le Ghana sort d'un programme FMI et que le Sénégal s'interroge sur sa stratégie industrielle. La Côte d'Ivoire cherche à conserver son leadership économique en Afrique de l'Ouest. Elle doit faire face à la concurrence du Nigeria, dont les capacités sidérurgiques sont plus développées, et du Ghana, qui mise sur l'industrie pharmaceutique avec le soutien de la Banque mondiale. L'enjeu est de taille : capter les marchés de la CEDEAO, où la demande en acier et en médicaments croît rapidement.
Les défis à surmonter
La réussite de ce programme dépend de plusieurs facteurs : la disponibilité d'une énergie fiable (le réseau électrique ivoirien est sous pression), l'accès aux matières premières (ferraille pour l'acier, principes actifs pour les médicaments), et la qualité des infrastructures logistiques. Les promoteurs misent sur la zone industrielle d'ARISE, qui offre des solutions intégrées, mais les coûts d'investissement restent élevés. Le financement semble bouclé, mais des appuis additionnels pourraient être nécessaires via la BAD ou la BOAD.
Perspectives
Si les deux usines entrent en production d'ici trois à cinq ans, la Côte d'Ivoire pourrait réduire sa facture d'importation de plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an. Le pays renforcerait sa résilience face aux chocs d'approvisionnement mondiaux. Ce mouvement s'inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l'Ouest, où plusieurs États cherchent à bâtir des chaînes de valeur régionales. Reste à voir si les conditions locales permettront de tenir les délais et les objectifs de production.
Cet investissement de 110 milliards FCFA illustre une inflexion stratégique : après des décennies d'exportation de matières premières, la Côte d'Ivoire tente de bâtir une base industrielle diversifiée. L'initiative pourrait inspirer d'autres pays de la région, mais sa concrétisation dépendra de la capacité à coordonner les acteurs publics et privés dans un environnement macroéconomique encore fragile.