Le 30 mai 2026, la Côte d’Ivoire a officiellement lancé la phase 3 du projet pétrolier et gazier Baleine, visant une production de 150 000 barils par jour et 200 millions de pieds cubes de gaz. Quelques mois plus tôt, en février, la Guinée signait un accord discret avec les États-Unis sur les minéraux critiques, bauxite, lithium et graphite. Ces deux événements, survenus dans un intervalle de trois mois, illustrent des approches distinctes mais convergentes pour affirmer une souveraineté accrue sur les ressources naturelles, dans une région où les modèles de partenariat sont en pleine recomposition.

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Le projet Baleine, porté par le consortium Eni-Petroci-Vitol, représente un investissement de 4 milliards de dollars. Pour Abidjan, l’objectif est double : accroître les recettes publiques et réduire la dépendance énergétique. La Côte d’Ivoire mise sur un partenariat avec des multinationales occidentales, une stratégie qui contraste avec les ruptures observées au Mali et au Niger, où les conventions fiscales avec la France ont été supprimées. Ce positionnement fait d’Abidjan un pôle de stabilité régionale, mais soulève des questions sur la redistribution des revenus : les populations locales, souvent écartées des bénéfices de l’extraction, pourraient attendre des retombées tangibles.

De l’autre côté, la Guinée a choisi de diversifier ses alliances en signant un accord sur les minéraux critiques avec les États-Unis. Ce pacte, qui suit ceux conclus avec la RDC et le Kenya, vise à sécuriser les approvisionnements américains en bauxite, lithium et graphite pour les batteries électriques, tout en marginalisant l’influence chinoise. Conakry cherche à maximiser les retombées en jouant sur deux tableaux : Washington promet transfert technologique et infrastructures, tandis que Pékin reste le premier partenaire commercial. L’histoire récente montre que ces accords ne garantissent pas le développement local, mais la Guinée espère éviter la malédiction des ressources en imposant des conditions plus strictes.

Dynamiques régionales et enjeux de souveraineté

Ces deux cas s’inscrivent dans une tendance plus large : les États ouest-africains cherchent à reprendre le contrôle de leurs ressources. Le Sénégal, entré dans l’ère pétrogazière en 2024, a récemment haussé le ton face à Woodside et aux autres compagnies internationales, exigeant une meilleure part des revenus. Le Niger, historiquement dépendant de l’uranium, émerge comme un acteur pétrolier et minier, tandis que la Guinée accélère le programme Simandou 2040. Chaque pays adapte sa stratégie : certains consolident les partenariats existants, d’autres les renégocient ou les rompent, mais tous placent la souveraineté au cœur du discours.

Les risques sont pourtant nombreux. La volatilité des prix du pétrole, les aléas environnementaux de l’exploitation offshore et les tensions géopolitiques entre grandes puissances peuvent compromettre les bénéfices attendus. En Côte d’Ivoire, la transparence dans la gestion des revenus pétroliers sera cruciale pour éviter les dérives observées ailleurs. En Guinée, l’équilibre entre États-Unis et Chine est une corde raide : Pékin n’a pas hésité à durcir ses conditions en RDC et au Kenya, et pourrait faire de même si Conakry semble trop favorable à Washington.

Une région en pleine recomposition

Ces évolutions ne sont pas isolées. Elles interviennent dans un contexte où l’Alliance des États du Sahel (AES) redéfinit les alliances, et où les anciennes puissances coloniales voient leur influence contestée. La Côte d’Ivoire, en restant proche des multinationales occidentales, pourrait devenir un contrepoids économique face aux pays sahéliens plus radicaux. Mais cette stratégie comporte le risque de créer des tensions régionales, surtout si les bénéfices ne sont pas partagés équitablement entre voisins.

La question centrale reste celle de la redistribution. Les populations ivoiriennes et guinéennes, souvent marginalisées, attendent des améliorations concrètes : emplois, infrastructures, services publics. Sans cela, les annonces de souveraineté resteront des coquilles vides. L’histoire de l’Afrique de l’Ouest montre que les ressources naturelles sont autant une opportunité qu’un piège : sans institutions solides et une volonté politique claire, la malédiction des ressources risque de se répéter.

La Côte d’Ivoire et la Guinée illustrent deux voies possibles vers une souveraineté économique : l’une par des partenariats consolidés avec des majors, l’autre par une diversification des alliances entre grandes puissances. Dans les deux cas, le pari est de transformer les ressources en développement durable. Mais au-delà des différences, un même défi se pose : comment faire en sorte que la manne des hydrocarbures et des minéraux critiques profite réellement aux citoyens, et non à une élite restreinte ? La réponse déterminera la stabilité et la prospérité future de ces pays et de la région tout entière.