Le 25 mai 2026, Abidjan a officialisé la décision finale d’investissement de la phase 3 du projet pétrolier et gazier Baleine, dopant l’investissement total à 8 milliards USD. Avec une production qui doit atteindre 150 000 barils par jour et 200 millions de pieds cubes de gaz, la Côte d’Ivoire affiche son ambition de devenir le géant énergétique de l’Afrique de l’Ouest. Mais ce pari massif sur les hydrocarbures intervient dans un contexte régional marqué par la montée des énergies renouvelables et les incertitudes climatiques mondiales.

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Le consortium ENI-PETROCI-Vitol a scellé le dernier acte du plus grand gisement jamais découvert en Côte d’Ivoire. La phase 3, valorisée à 4 milliards USD, porte l’enveloppe totale du projet Baleine à 8 milliards, dont 4,5 milliards déjà engagés. Les ressources estimées – 2,5 milliards de barils de brut et 3,3 trillions de pieds cubes de gaz – propulsent Abidjan dans le cercle des producteurs significatifs, loin derrière le Nigeria mais concurrent direct du Ghana et du Sénégal.

Ce choix traduit une logique de court terme assumée. Le plateau de douze ans de production maximale correspond au cycle d’amortissement classique des mégaprojets pétroliers. Pour un pays dont la croissance repose encore largement sur l’agriculture et les services, les recettes fiscales et les redevances attendues offrent un matelas budgétaire non négligeable dans un environnement économique régional incertain.

**Une stratégie régionale en décalage**

Pendant que la Côte d’Ivoire double la mise sur les hydrocarbures, d’autres États ouest-africains empruntent des voies différentes. La Guinée, avec le barrage de Souapiti, forme des ingénieurs hydroélectriques pour exporter son électricité. Le Togo, malgré l’essor des renouvelables, maintient ses centrales thermiques au gaz, tandis que le Port de Lomé se positionne comme hub logistique pour les équipements énergétiques. Ces trajectoires nationales contrastées révèlent l’absence d’une vision commune au sein de la CEDEAO. Le « Pacte d’avenir » dévoilé en mai 2026 par le Commissaire Musah prône une intégration renforcée, mais la coexistence de modèles aussi divergents complique l’harmonisation des politiques énergétiques.

**L’enjeu gazier comme pont vers la transition**

Le cœur du projet Baleine réside dans sa composante gazière. Avec 200 millions de pieds cubes par jour, le gaz ivoirien pourrait alimenter les centrales électriques du pays et, via le gazoduc Ouest-Africain, approvisionner le Ghana, le Togo et le Bénin. Le gaz est présenté comme un combustible de transition, moins émetteur que le charbon ou le fioul. Mais son exploitation massive retarde l’adoption des renouvelables, alors que la région bénéficie d’un ensoleillement et d’un potentiel éolien parmi les meilleurs au monde.

**Financer l’or noir dans un monde décarboné**

Le consortium a réuni 4 milliards USD supplémentaires à un moment où les banques multilatérales et les fonds souverains durcissent leurs critères ESG. Le recours à ENI et Vitol, deux acteurs rompus aux financements complexes, montre que le pétrole ouest-africain reste attractif pour les majors, mais au prix d’une exposition aux risques de réputation. L’implication de PETROCI Holding, la compagnie nationale, garantit une maîtrise partielle, mais limite la capacité du pays à orienter le projet vers des normes plus strictes.

**Quel avenir pour l’économie ivoirienne après Baleine ?**

Au-delà des recettes, le projet génère des retombées locales : sous-traitance, formation, emplois. La phase 3 prévoit un taux de contenu local renforcé, conformément à la politique pétrolière ivoirienne. Mais le piège de la malédiction des ressources guette. La Côte d’Ivoire devra résister à la tentation de la rente et maintenir la diversification de son économie. Le gaz pourrait servir de levier pour développer une pétrochimie régionale, un maillon encore manquant dans la chaîne de valeur.

**Un signal pour les investisseurs internationaux**

L’approbation de la FID par un consortium de cette envergure envoie un signal fort aux marchés. Dans une Afrique de l’Ouest souvent perçue comme risquée, la Côte d’Ivoire confirme sa stabilité politique et sa capacité à gérer des projets de grande envergure. Cela pourrait attirer d’autres investissements extractifs, mais aussi dans les infrastructures de transport et de transformation.

Baleine Phase 3 cristallise les dilemmes de l’Afrique de l’Ouest face à l’énergie : exploiter ses hydrocarbures pour financer son développement tout en amorçant une transition vers des sources plus durables. Le choix ivoirien n’est ni isolé ni définitif. Il pose une question qui dépasse les frontières nationales : comment concilier les urgences de la croissance avec les impératifs climatiques dans une région où les deux tiers de la population n’ont toujours pas accès à l’électricité ?