Ce mardi 8 juillet 2026, la Côte d'Ivoire et la Banque mondiale ont signé à Abidjan cinq accords de financement d'un montant total de 875 millions de dollars, ainsi qu'un mémorandum d'intention tripartite pour l'élaboration d'un plan directeur gazier avec le groupe italien Eni. Cette signature, en marge du Groupe consultatif pour le financement du Plan national de développement (PND) 2026-2030, illustre la volonté d'Abidjan de conjuguer soutien budgétaire, formation des jeunes et valorisation de ses récentes découvertes gazières. Dans un contexte régional marqué par l'inflation et les tensions politiques au Sahel, la Côte d'Ivoire cherche à consolider son statut de pôle de stabilité et d'attractivité.

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Un financement multidimensionnel pour l'emploi et la cohésion

Les cinq accords signés couvrent des domaines clés du développement ivoirien. Le plus important, 400 millions de dollars, est un appui budgétaire direct destiné à soutenir les réformes visant à renforcer la compétitivité du secteur privé et à créer des emplois de qualité. Ce mécanisme, qui permet au gouvernement de disposer de ressources flexibles, intervient alors que l'inflation régionale reste élevée – en avril 2026, elle atteignait 15,7 % au Nigéria, selon les données de la Banque mondiale – et que les tensions géopolitiques pèsent sur les chaînes d'approvisionnement.

Le second projet, baptisé CIRA (Compétences pour l'innovation, la résilience et les aspirations), mobilise 220 millions de dollars pour former plus de 900 000 jeunes dans des secteurs porteurs comme l'énergie, la santé, l'agro-industrie et le tourisme. Ce programme répond à une nécessité structurelle : l'inadéquation entre les formations existantes et les besoins des entreprises, qui freine la croissance et alimente le chômage. Un troisième projet, COSO-Ouest, doté de 100 millions de dollars, cible la cohésion sociale et l'accès à l'eau potable dans l'ouest du pays, une région historiquement fragile.

Le gaz, nouveau levier de la stratégie énergétique

Au-delà des financements classiques, la signature du mémorandum d'intention tripartite pour l'élaboration du Gas Master Plan marque un tournant. Depuis les découvertes majeures des gisements Baleine et Calao par Eni, la Côte d'Ivoire dispose de réserves gazières considérables, mais l'absence d'infrastructures de transport, de stockage et de distribution limite leur valorisation. Ce plan directeur, piloté par le ministère des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, avec l'appui technique et financier de la Banque mondiale via le projet PrimGaz, et l'expertise d'Eni, vise à créer un cadre réglementaire et institutionnel propre à attirer les investissements privés.

Il est significatif que la Banque mondiale précise que son soutien ne portera que sur les infrastructures aval (transport, stockage, distribution), et non sur l'exploration ou la production. Cette approche reflète une volonté de limiter les risques liés aux hydrocarbures tout en maximisant les retombées pour l'économie locale. Eni, de son côté, confirme son ancrage dans le pays, après avoir déjà mis en production le champ de Baleine en 2023.

Cette double signature – 875 millions de dollars et un plan gazier – s'inscrit dans la dynamique du PND 2026-2030, pour lequel la Côte d'Ivoire a déjà obtenu des engagements de 80 milliards de dollars, soit quatre fois le montant initialement recherché. Ce succès contraste avec les difficultés de financement que connaissent d'autres pays de la région, notamment au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES), où le dialogue avec la Mauritanie tente de rétablir des liens économiques distendus.

Pour la Côte d'Ivoire, l'enjeu est double : d'une part, utiliser ces financements pour accélérer la transformation structurelle de son économie ; d'autre part, faire de ses ressources gazières un levier de souveraineté énergétique et d'exportation, dans un marché régional où la demande explose. Le pays se positionne ainsi comme une plateforme de stabilité et d'opportunités, au moment où l'incertitude prédomine ailleurs en Afrique de l'Ouest.

Au-delà des engagements chiffrés, la cérémonie du 8 juillet 2026 révèle une évolution dans la manière dont les partenaires internationaux conçoivent le développement en Afrique de l'Ouest. La combinaison d'appui budgétaire, de formation ciblée et de planification gazière dessine une approche intégrée où l'éducation et l'énergie deviennent les moteurs d'une croissance inclusive. Reste à voir si la mise en œuvre de ces projets saura résister aux chocs externes – volatilité des prix des matières premières, tensions commerciales – et aux défis internes de gouvernance. Une question que d'autres pays de la région, du Ghana au Sénégal, observent avec attention.