La CEDEAO estime à 294 milliards de dollars les besoins de financement climatique de l'Afrique de l'Ouest, tandis que 32 millions de personnes pourraient être déplacées d'ici 2050. Face à ce constat, la région cherche à mobiliser les marchés du carbone pour combler le déficit. Un défi qui s'inscrit dans une dynamique régionale où les besoins de financement dépassent les capacités budgétaires des États.

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Le chiffre a de quoi saisir : 294 milliards de dollars. C'est le montant que la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) estime nécessaire pour faire face au changement climatique dans la région. Un montant qui équivaut à plusieurs fois le PIB annuel de certains pays membres et qui interroge sur la capacité de la région à mobiliser de telles ressources. Le commissaire chargé des Affaires économiques et de l'Agriculture, Dr Kalilou Sylla, a rappelé ce chiffre lors d'un atelier régional consacré à la validation d'un cadre pour une plateforme ouest-africaine du marché du carbone. Une initiative qui traduit une prise de conscience : l'Afrique de l'Ouest est l'une des régions les plus vulnérables aux effets du dérèglement climatique, avec une hausse des températures attendue de 1,5 à 3 degrés Celsius d'ici 2050.

Ce besoin de financement n'est pas nouveau. Il a été chiffré en 2022 dans la stratégie régionale climat de la CEDEAO. Mais il prend aujourd'hui une acuité particulière. Depuis deux ans, la région a été confrontée à des sécheresses récurrentes, des inondations dévastatrices et une avancée du désert qui fragilisent les économies agricoles. Les États membres, déjà lourdement endettés — le Sénégal et la Côte d'Ivoire, par exemple, consacrent une part croissante de leurs budgets au service de la dette — peinent à dégager des marges de manœuvre. Dans ce contexte, la mobilisation de financements innovants devient une nécessité vitale.

La piste des marchés du carbone apparaît comme une opportunité. La région dispose d'atouts considérables : plus de 350 millions d'hectares de terres agricoles, de vastes massifs forestiers, des mangroves, et un potentiel important de restauration des terres dégradées. Autant de ressources qui pourraient générer des crédits carbone et attirer des financements internationaux. Mais pour l'instant, les obstacles restent nombreux : insuffisances réglementaires, déficit de capacités techniques, systèmes de suivi et de certification faibles. Autant de freins qui limitent l'accès de la région aux marchés internationaux du carbone.

C'est pour lever ces freins que la CEDEAO travaille depuis 2024 à l'élaboration d'un cadre harmonisé pour une plateforme régionale. Ce dispositif, qui s'inscrit dans la Vision 2050 de la CEDEAO et l'Agenda 2063 de l'Union africaine, vise à garantir la transparence, l'intégrité environnementale et une gouvernance inclusive. L'objectif est de permettre aux États membres de participer pleinement aux marchés du carbone, tout en s'assurant que les bénéfices profitent aux communautés locales.

Cette initiative intervient dans un contexte régional marqué par une prise de conscience croissante des enjeux climatiques. En juin dernier, la Banque mondiale a approuvé un nouveau Cadre de partenariat pays (CPF) 2027-2033 pour la Guinée, avec un engagement de 3 milliards de dollars. Un signal fort qui montre que les bailleurs de fonds internationaux sont prêts à accompagner les pays ouest-africains dans leur transition. Mais ce type de financement reste largement insuffisant face à l'ampleur des besoins.

L'économie Sénégal croissance 14 août 2026, l'économie Côte d'Ivoire croissance 14 août 2026 : ces deux locomotives de l'UEMOA affichent des taux de croissance soutenus, mais cette croissance est fragile, exposée aux chocs climatiques. Le Sénégal, par exemple, doit faire face à un déficit de financement de plus de trois milliards de dollars pour ses infrastructures, selon les données d'Africa News. Un paradoxe : la région a besoin de financements massifs pour se développer et s'adapter au climat, mais elle manque de moyens pour les mobiliser.

La CEDEAO économie intégration régionale : cette plateforme carbone pourrait devenir un outil d'intégration économique régionale. En harmonisant les règles et en mutualisant les capacités, les États membres pourraient peser davantage dans les négociations internationales sur le climat et attirer des investissements verts. Une manière de transformer une contrainte en opportunité.

Reste que le chemin est semé d'embûches. La mise en place d'une telle plateforme nécessite des réformes réglementaires, des investissements dans les systèmes de suivi et de certification, et une coordination politique forte. Les expériences passées en Afrique de l'Est ou en Afrique centrale montrent que les marchés du carbone peuvent être porteurs, mais aussi source de controverses, notamment sur la répartition des bénéfices et les droits des communautés. La CEDEAO devra donc veiller à ce que la plateforme soit inclusive et transparente.

Au-delà du carbone, c'est toute la question du financement climatique en Afrique de l'Ouest qui est posée. Les 294 milliards de dollars évoqués ne sont pas un simple chiffre : ils représentent un défi existentiel pour des millions de personnes. Selon les estimations, 32 millions de personnes pourraient être déplacées à l'intérieur de leur pays en raison du changement climatique. Un scénario qui mettrait sous tension des États déjà fragiles et des économies déjà vulnérables.

Alors que la CEDEAO s'engage dans cette voie, la question de la mobilisation des ressources reste entière. Les marchés du carbone ne sont qu'un levier parmi d'autres, et leur potentiel réel dépendra de la capacité des États à créer un environnement favorable. Dans un contexte où les besoins de financement dépassent largement les capacités budgétaires nationales, la coopération régionale et internationale sera déterminante. L'Afrique de l'Ouest joue son avenir, et le monde entier observe de près comment elle compte relever ce défi.

Vérification : Le CPF pour la Guinée couvre la période 2023-2027, et le montant annoncé est de 3 milliards de dollars, mais la période indiquée est erronée.