Le sommet ordinaire de la CEDEAO tenu le 19 juillet 2026 à Freetown a consacré le leadership sénégalais avec l'élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence de la Conférence des chefs d'État et du Général Birame Diop à la tête de la Commission. Cette double nomination intervient dans un contexte régional marqué par des tensions sécuritaires, une inflation maîtrisée mais inégale, et des avancées contrastées dans l'intégration économique, notamment le projet de monnaie unique. L'événement révèle la capacité du Sénégal à incarner une puissance d'équilibre, alors que l'organisation cherche à accélérer ses réformes.

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Une diplomatie de soft power

La désignation du Sénégal à la tête des deux principales institutions de la CEDEAO constitue un signal fort. Comme le souligne la source d’enqueteplus.com, cela dépasse la simple victoire protocolaire : elle traduit la reconnaissance du rôle historique de Dakar dans la construction de l’intégration ouest-africaine. Le président Faye et le Général Diop héritent d’une organisation confrontée à des crises de légitimité – retrait de certains États – et à la nécessité de renforcer sa crédibilité économique. Le Sénégal, par sa stabilité institutionnelle et son activisme diplomatique, apparaît comme un médiateur naturel. Cette position est renforcée par le contexte antérieur : en mai 2026, la BIDC et Afriland First Bank signaient un prêt de 10 milliards pour le développement, illustrant les flux financiers intra-régionaux. En juin, la BCEAO projetait une inflation moyenne de 2,2 % pour 2026, mais avec des disparités fortes (Mali, Niger, Burkina Faso). Ces données montrent que l’environnement macroéconomique est contrasté, offrant au Sénégal une fenêtre pour promouvoir une convergence.

Les chantiers de l’intégration : monnaie unique et libre-échange

Le communiqué final de Freetown a réaffirmé l’objectif de la monnaie unique, l’ECO, bien que son lancement soit régulièrement repoussé. L’arrivée de la nouvelle équipe sénégalaise pourrait donner une impulsion nouvelle. Par ailleurs, la BAD est devenue actionnaire de la BIDC en juin 2026, ce qui renforce les capacités de financement de l’institution sous-régionale. Dans le même temps, le Forum parlementaire économique de Marrakech a souligné la nécessité de consolider les opportunités offertes par la zone de libre-échange continentale (ZLECAf). La CEDEAO doit donc articuler ses efforts régionaux avec le continent africain. La présence du négociateur Lansana Kouyaté au sommet de Freetown (source 1) indique que les dossiers épineux, comme la sortie de certains pays du franc CFA, seront traités avec pragmatisme.

Un leadership sous pression

Malgré ces avancées, les défis restent immenses. La sécurité – notamment au Sahel – et la stabilité politique (coups d’État récents) pèsent sur l’agenda économique. L’inflation projetée cache des situations nationales plus tendues. Le Sénégal devra manœuvrer entre les intérêts divergents des États membres, en particulier entre les pays côtiers et ceux du Sahel. La double nomination peut être interprétée comme une volonté de recentrer l’organisation sur son noyau diplomatique traditionnel, mais aussi comme un test de la capacité sénégalaise à porter des réformes structurelles.

L’élection de Bassirou Diomaye Faye et de Birame Diop ouvre une séquence décisive pour la CEDEAO. La réussite de leur mandat dépendra de leur capacité à transformer le capital diplomatique en progrès concrets sur la monnaie unique, la libre circulation des biens et des personnes, et la convergence économique. Dans un contexte où les pôles d’influence concurrents (Union africaine, partenaires bilatéraux) se multiplient, la CEDEAO doit prouver sa pertinence. L’enjeu dépasse le Sénégal : c’est l’avenir de l’intégration régionale ouest-africaine qui se joue.