Le 69e sommet de la CEDEAO, tenu le 19 juillet 2026 à Freetown, a consacré une double prise de pouvoir sénégalaise : Bassirou Diomaye Faye prend la présidence tournante, tandis que le général Birame Diop est nommé président de la Commission pour 2026-2030. Cette configuration place Dakar au centre des équilibres régionaux, alors que l'organisation doit faire face à des crises politiques, sécuritaires et économiques sans précédent.

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La désignation du général Birame Diop à la tête de la Commission de la CEDEAO n'est pas anodine. Ancien ministre sénégalais des Forces armées, il incarne un profil à la fois militaire et diplomatique, capable de concilier les priorités sécuritaires du Sahel avec les exigences de l'intégration économique. Cette nomination, couplée à la présidence en exercice du chef de l'État sénégalais, traduit une volonté politique de confier les rênes à un pays stable et démocratique, après les départs du Mali, du Burkina Faso et du Niger depuis 2024.

La crise sécuritaire reste en effet le défi le plus immédiat. Les groupes jihadistes continuent de déstabiliser une partie de la région, et l'expertise de Birame Diop dans les hautes sphères de l'armée sénégalaise pourrait faciliter l'harmonisation des politiques de défense entre États membres. Cependant, la question sécuritaire n'est qu'une facette des problèmes à résoudre : la CEDEAO doit aussi accélérer son intégration commerciale et monétaire, dans un contexte de disparités croissantes entre les pays de l'UEMOA et les autres membres comme le Nigeria ou le Ghana.

Sur le plan économique, les signaux sont contrastés. L'indice des prix des matières premières exportées par l'UEMOA a rebondi en mars 2026 après un net recul en février, offrant une bouffée d'oxygène aux économies exportatrices. Parallèlement, l'encours des crédits des institutions de microfinance de l'UMOA atteignait 2 937,2 milliards de FCFA fin 2025, en hausse continue. Mais ces indicateurs positifs masquent une fracture profonde : les échanges intra-régionaux, déjà faibles (environ 10 % du commerce total), risquent de reculer encore du fait de la fermeture de certaines frontières.

Lors de son allocution au sommet, Bassirou Diomaye Faye a lancé un vibrant appel aux « retrouvailles de toute la famille ouest-africaine », en référence explicite aux pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) qui ont quitté la CEDEAO. Ce plaidoyer politique résonne avec des réalités économiques : les chaînes de valeur régionales, notamment dans l'agroalimentaire et les mines, sont perturbées par les contrôles multiples et l'isolement des États sahéliens des ports d'Abidjan ou de Dakar. La fracture a un coût mesurable, qui pèse sur les perspectives de croissance de l'ensemble de la région.

Malgré les tensions politiques, l'intégration financière semble résister. Le 20 mai 2026, l'adjudication de bons et obligations du Trésor dans l'UMOA a attiré des investisseurs, preuve que le marché obligataire régional conserve sa liquidité. De même, l'encours des crédits des microfinances continue de progresser, suggérant que les circuits financiers restent connectés même si les flux commerciaux peinent à suivre. La nouvelle équipe dirigeante devra donc trouver un équilibre entre renforcement de la sécurité, relance du commerce intra-régional et poursuite de l'harmonisation monétaire.

La double prise de fonction sénégalaise offre une fenêtre d'opportunité pour la CEDEAO, mais les défis sont immenses. Entre la nécessité de ramener les pays sahéliens dans le giron régional, de répondre aux urgences sécuritaires et de donner un nouveau souffle à l'intégration économique, le mandat de Bassirou Diomaye Faye et de Birame Diop sera scruté de près. La question qui demeure est de savoir si le leadership sénégalais parviendra à transcender les fractures politiques pour bâtir une coopération régionale plus résiliente, ou si les divergences d'intérêts continueront de freiner la dynamique collective.