Le transporteur maritime sud-coréen HMM a annoncé le 7 juillet le lancement de sa ligne Mediterranean West Africa (MA2), qui relie l'Espagne via Algésiras à Tanger, puis à Dakar, Tema, Lekki et Abidjan. Cette desserte s'inscrit dans un nouveau modèle dit du « moyeu et des rayons », où Tanger joue le rôle de hub de redistribution pour les marchés ouest-africains. La manœuvre confirme l'ambition de HMM de contourner la congestion des ports secondaires africains tout en capitalisant sur les liens économiques croissants entre Séoul et Rabat.
HMM fait de Tanger un hub pour l’Afrique de l’Ouest
Le sud-coréen HMM lance la ligne MA2 (Mediterranean West Africa) et instaure un modèle hub-and-spoke depuis Tanger vers Dakar, Tema, Lekki et Abidjan. Objectif : contourner la congestion des ports secondaires.
Lagos (Lekki), Abidjan et Tema subissent des engorgements récurrents. HMM déroute ses gros porte-conteneurs vers Tanger et utilise des feeders pour la distribution.
La manœuvre confirme l’ambition de HMM de capitaliser sur les relations économiques croissantes entre la Corée du Sud et le Maroc.
Adoptée sous la direction de Choi Won-hyok, cette approche hub-and-spoke est une première pour un grand armateur en Afrique de l’Ouest.
30,6 millions de tonnes de marchandises transitent chaque année par les ports ouest-africains (2024). HMM lance sa ligne MA2 en 2026 pour capter une part de ce trafic croissant, tout en évitant les infrastructures saturées.
L'annonce de HMM intervient dans un contexte de pressions croissantes sur les chaînes logistiques ouest-africaines. Les grands ports de la région, notamment Lagos (Lekki), Abidjan et Tema, souffrent d'engorgements récurrents liés à la vétusté des infrastructures et à l'explosion des volumes d'importation. En déroutant ses gros porte-conteneurs vers Tanger, HMM évite l'incertitude des terminaux secondaires tout en maintenant un service régulier grâce à des navires de plus petite capacité chargés de la collecte et de la distribution.
Un modèle hub-and-spoke adapté aux réalités africaines
Ce schéma, adopté depuis l'arrivée de Choi Won-hyok à la direction générale en mars 2025, n'est pas inédit dans le transport maritime mondial mais prend une signification particulière en Afrique de l'Ouest. Traditionnellement, les compagnies desservent directement les principaux ports de la région, mais les temps d'attente et les surcoûts poussent les armateurs à repenser leurs réseaux. Tanger bénéficie d'infrastructures modernes, d'une connectivité avec l'Europe et l'Asie, et d'une position stratégique sur le détroit de Gibraltar. HMM y exploite déjà un terminal, en synergie avec son terminal d'Algésiras.
La rotation complète de 35 jours, avec cinq navires de collecte, permet une fréquence soutenue sans saturer les ports africains de déchargement massifs. Ce faisant, HMM transfère une partie de la complexité logistique sur le hub marocain, qui agit comme un filtre. Le choix de Tanger prolonge logiquement la plateforme ibérique et place le Maroc au cœur des flux asiatiques vers l'Afrique atlantique.
Les implications pour l'intégration régionale
Cette évolution interroge le positionnement des ports de la CEDEAO. Lomé, qui s'était imposé comme hub de transbordement grâce à des investissements récents, voit émerger un concurrent hors de l'union douanière. Le Port de Lomé a traité plus de 30,6 millions de tonnes en 2024, mais le détournement d'une partie des flux de transbordement vers Tanger pourrait fragiliser ce modèle. À plus long terme, la ligne MA2 pourrait inciter les autorités portuaires de la région à accélérer les réformes pour améliorer la performance des terminaux, sous peine de perdre des parts de marché.
Le rapprochement économique entre la Corée du Sud et le Maroc, évoqué par des échanges bilatéraux en mai et juin 2026, donne également une dimension géopolitique à cette initiative. En utilisant Tanger comme point d'entrée, HMM renforce la position de Rabat comme intermédiaire entre l'Asie et l'Afrique de l'Ouest, dans un contexte où Pékin déploie également ses propres réseaux logistiques sur le continent. La concurrence asiatique dans le domaine maritime africain s'intensifie, et la stratégie coréenne mise sur des hubs fiables plutôt que sur une dispersion des risques.
La mise en place de la ligne MA2 par HMM marque une étape dans la réorganisation des routes maritimes vers l'Afrique de l'Ouest. Elle pose la question du rôle des ports africains dans les chaînes de valeur mondiales : sont-ils destinés à rester des terminaux secondaires ou peuvent-ils devenir des hubs à part entière ? La réponse dépendra de leur capacité à résorber les congestions et à attirer les investissements, dans un jeu de concurrence régionale où Tanger, Lomé et d'autres plaques tournantes se disputent les flux asiatiques.